La coquette station thermale de la banlieue Montluçonnaise devait être, dés le début de l'occupation de la zone sud, traversée fréquemment par les convois allemands se rendant sur la côte méditerranéenne.

Ces convois passaient rapidement, sans séjourner, sauf l'un deux qui, pendant une nuit, utilisa comme dortoir l'école des garçons.

Le 18 juin 1944, alors que faisait rage la bataille de Normandie, un fort contingent de 700 à 800 hommes arriva à Néris les Bains et s'y installa confortablement dans plusieurs hôtels : Grand Hôtel, Hôtel du Jardin, Hôtel de la Promenade, Hôtel Léopold, Hôtel de la Source, Hôtel berger. Quant au Casino, l'école des garçons et le marché couvert, ils furent réquisitionnés.

Cette troupe, comprenant un grand nombre de véhicules hippomobiles, était commandée par un rhénan, le commandant-major Kouck et venait de Châtel-Guyon.

Les chevaux furent logés dans le marché couvert et dans les magasins attenant au Grand Hôtel, où des transformations furent exécutées sous la direction de l'adjudant Schmit, chef de casernement, qui fit appel à la main-d'oeuvre française.

Cet adjudant, ancien représentant de liqueurs à Paris, parlait très couramment notre langue et au cours de certaines agapes auxquelles étaient conviés quelques nérisiens, il fut donné d'apprendre que l'Etat Major allemand de Néris avait dressé - avec quelle complicité - une liste de notabilités de la commune, désignés comme otages, pour être fusillés en cas d'incidents.

Ces soldats du Reich, parmi lesquels figuraient un certain nombre de Polonais, étaient en général assez jeunes - âge moyen, 23 ans - et ils étaient soumis à une discipline très sévère. Ils ne craignaient pas de manifester leur crainte pour les "terroristes" du maquis contre lesquels ils exécutèrent d'ailleurs plusieurs expéditions, tandis qu'ils exerçaient sur toutes les routes autour de Néris une étroite surveillance de jour et de nuit.

A l'école des garçons, travaillaient des maréchaux-ferrants, des charrons et des armuriers.

Puis, brusquement, au début de juillet 1944, cette troupe quitta Néris en direction de Montluçon et fut immédiatement remplacée par un détachement d'environ 400 SS. Il s'agissait cette fois de purs aryens d'une trentaine d'années environ, dont la tenue, aussi curieux que cela puisse paraître, était assez relâchée. Quant à la garde des routes, elle continua d'être assurée mais moins régulièrement.

Ces SS n'avaient pas de chevaux, mais disposaient de nombreux véhicules automobiles avec lesquels ils se livrèrent eux aussi, à un certain nombre d'expéditions contre les maquis de la région.

Ils abandonnèrent Néris le 27 juillet 1944, pour aller s'installer dans les casernes de Montluçon où ils devaient faire partie de la garnison assiégée du 20 au 24 août par les FFI du Bourbonnais.

Dans sa grosse majorité, et pendant tout le temps que dura cette occupation, la population nérisienne se montra digne et réservée en évitant tout contact avec les troupes occupantes sauf lorsqu'il s'agissait de recueillir des renseignements susceptibles d'intéresser les forces de la Résistance.

Armand Gourbeix & Louis Micheau "MONTLUCON sous la botte Allemande" - 1945