Voici l'intégralité des notes du docteur Boisrot desserviers sur l'histoire de Néris. Ce texte qui représente 81 pages de son livre sera mis à jour au fur et à mesure de mes disponibilités pour le mettre sur mon blog.

mise à jour du 1 juillet 2009

Egalement, je reproduit le texte à l'identique. ceci pour vous expliquer que quelques mots comportent des fautes d'orthographes.

RECHERCHES HISTORIQUES

SUR L'ANCIENNE VILLE DE NERIS

Par M. P. Boirot-Desseviers

Inspecteur de l'Etablissement thermal de Néris, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, membre-correspondant des Sociétés Médicale et de Médecine Pratique de la même ville, du Cercle Médical, de la Société Médicale d'Emulation, de la Société Royale Académique des Sciences, et de Médecine Pratique de Paris ; des Sociétés de Médecine de Lyon, Bordeaux, Toulouse, Tours, Nancy, Draguignan, Nismes, Marseille, Agen, et de plusieurs autres Sociétés de Médecine nationales et étrangères.

1822

Néris, appelé en latin Nérius, Nérisius, Nerio magum, Nera, Vicus niriensis, fut, à ce qu'il paraît, sous les Romains, une ville très importante : des voies romaines y aboutissaient de toutes parts, et allaient se réunir à une seule au village des Chorles ; elles semblaient en constituer un point central. Les colonnes milliaires de Bruères, Drevant, Argenton, Chantelle, etc., indiquaient les distances de ces diverses villes à Néris.

Des débris en tous genres, tels que des ouvrages variés de tuilerie, de briqueterie, des chapiteaux chargés de feuilles d'acanthe, ou décorés de figures d'animaux, des marbres (1) de toute espèce, transportés à grands frais de la Grèce et de l'Italie, et employés avec une immense profusion, des vases de terra campana ou étrusques, des restes d'immenses aqueducs, d'amphithéâtre, de palais, de temples, de thermes, des médailles de toutes espèces, des statues de marbre et de bronze, des amas de débris volcaniques et d'une espèce de pierre meulière fort curieuse destinée à la construction des voûtes, des pavés en mosaïque, sont des preuves irrécusables de l'existence et de la magnificence de cette cité.

Néris ne peut manquer d'avoir été un séjour d'agrément et d'utilité, tant pour les pays environnans, que pour les conquérans qui vinrent tour à tour lui imposer des lois ; mais il est bien étonnant qu'étant un des points les plus importants chez les peuples Cambiovicenses, soit à cause de l'abondance et de la nature particulière de ses eaux thermales, soit à cause de sa position géographique, il ne puisse néanmoins faire constater de son antique célébrité, des époques brillantes et curieuses de sa fondation, de ses hautes prérogatives, par aucun titre positif ; tandis qu'une foule de villes moins intéressantes et moins favorisées par la nature des lieux, retrouvent dans les annales du temps, des témoignages précieux de leur première création, de leur ancienne opulence, des subversions successives qu'elles ont éprouvées et des lois qui les ont régies. Cependant, le silence des historiens les plus accrédités ne saurait porter atteinte à l'existence et au luxe de ses anciens monumens. Il est bien difficile, en effet, de ne pas voir sortir de ces vastes monceaux de décombres mutilés, dont est formé tout le sol habité et non habité de Néris, une preuve d'ancienne magnificence ; et ses eaux bienfaisantes n'ont-elles pas le droit de compter avec le souvenir et la reconnaissance des peuples, dont elles ont soulagé la misère, vu changer les destinées, les cultes et les moeurs ?

Jusque là on serait tenté de dire, qu'il était réservé à cet intéressant pays de nous retracer, sur ses tas imposans de débris amoncelés, les fastes, les formes et l'immense variété du goût des siècles qui devancèrent le nôtre. Interrogeons donc au milieu du silence de tant de générations, dont il n'y a plus au seul interprète sur la terre, ces témoins muets ; ils sont encore debout, et valent bien les témoignages et les détails plus ou moins obscurs, fournis souvent sur des traditions mensongères et supersticieuses, ou par des écrivains éloignés, et même par des contemporains exagérés et peu instruits.

Néris partage donc ce degré de gloire avec le plus fameuses villes du monde, dont on ne retrouve l'histoire que dans leurs propres ruines. Athènes, Jérusalem, Aléxandrie et autres, ne manifestent avec éclat leur première puissance et leur étendue que dans les merveilles et les monumens ensevelis sous leurs décombres, ou lorsque des découvertes dues au hasard, ou des fouilles commandées par des circonstances locales les tirent de l'oubli, pour les offrir tout nouvellement aux yeux des hommes étonnés, et pour leur apprendre leur histoire véritable, touchant la puissance merveilleuse de ce point célèbre des empires détruits.

Il serait curieux de savoir si Néris fut une bourgade ou une ville avant l'apparition des Romains dans les Gaules : Piganiol de la Force dit, en parlant de Néris : "Ville d'une ancienneté gauloise, que quelques-uns regardent comme le Gergovia-Boiorum".

Le vicani Nerio magienses de l'inscription que nous citerons plus bas, n'établit pas que ce fut un village, comme paraît le croire M. de Caylus ; mais bien que Néris était un des chefs-lieux d'arrondissement, que les Romains désignent par le mot vicus, quand ils parlent du territoire des peuples de la Gaule et de la Germanie.

On est fondé à croire que Néron se plut à lui donner son nom : ce tyran farouche, au rapport de Suétone, avait beaucoup de goût pour les embellissemens, et prenait plaisir à fonder des monumens chez les peuples soumis à sa puissance. S'il faut en juger d'après les restes de ceux qu'on retrouve à Néris, il n'y a pas de doute qu'il lui doit son origine. André Duchesne assure qu'il fut bâti par cet empereur ou sous son règne. En 1728, on voyait encore au centre de Néris, à la place des noyers qui sont près l'église, les débris d'une tour qui avait vingt-quatre mètres d'élévation, entourée d'un large fossé, pavée en mosaïque, portant son nom.

On a trouvé dans les temps sur une des couvertures du grand aqueduc, ne, finale d'un mot, ensuite Nerio ; ce qui a porté à croire que l'inscription était à Nérone Nerio.

Les lieux les plus recommandables de la ville de Néris étaient les arênes, les palais qui en formaient les deux ailes, celui du gouvernement qui devint ensuite celui de Pépin, les casernes ou hôpitaux, plusieurs temples, enfin les édifices qui entouraient les thermes.

Tous ces vastes monuments construits et décorés à grands frais, détruits par la hache et le feu des Barbares, ne sont plus en grande partie, aujourd'hui, que des squelettes méconnaissables par la dispersion de leurs débris. Pour en retrouver les fondemens et les divers objets qui ont échappé à la fureur des Vandales, il faudrait faire des fouilles très profondes, car l'ancien sol de Néris est à trois et quelques fois cinq mètres au dessous de celui d'aujourd'hui.

Les arênes, l'amphithéâtre, ou vulgairement parlant, le champ des os (2) avait la forme d'un arc, dont la circonférence était de cent soixante huit mètres en dehors. Le devant représentait la corde de l'arc, et avait soixante huit mètres de longueur. Au milieu était une porte, le demi-cercle en offrait quatre autres ; au sud, au sud-est, au nord, au nord-est : c'étaient les vomitoria. les portes correspondantes avaient la même largeur.

L'épaisseur de l'amphithéâtre y compris les gradins, scallaria, était de quatorze mètres. L'arêne présentait un espace vide de cinquante-quatre mètres dans sa plus grande largeur, et un de soixante-huit dans sa plus grande longueur. Dans le demi-cercle il y avait dix tours carrées à égales distances les unes des autres ; chacune d'elles avait un mètre soixante-huit centimètres en oeuvre sur deux faces, et un mètre vingt-deux centimètres sur les deux autres. Elles paraissaient communiquer avec l'arêne. On croit qu'elles servaient à contenir le sable dont on couvrait le lieu du combat ; j'en ai fait fouiller plusieurs qui en étaient remplies. Leur élévation devait offrir une grande difficulté, si toutefois elles étaient destinées à cet usage. Peut-être aussi servaient-elles à contenir les personnes qu'on livraient aux bêtes. Quant à celles-ci elles avaient des loges particulières dans la double enceinte, c'est à dire, entre le mur de l'amphithéâtre où étaient les tours, et celui de la circonférence. Le premier avait des jambes de force à environ deux mètres l'un de l'autre.

Les murs de ces toursétaient construits en moëllons piqués et carrés, d'environ seize centimètres sur chaque face, partie en une espèce de brique oude carreau, le tout par assises, et à distance d'environ soixante-cinq centimètres.

Le père Paollo, dans sa Lettre sur l'architecture des anciens, imprimée à la suite de l'histoire de l'art de Winkelman, fait mention de briques de même nature, dont les Romains se servaient comme de liaison de distance en distance, et qui faisaient un très bel effet.

On a trouvé dans les fouilles que la cupidité ou des circonstances locales ont dirigées dans l'amphithéâtre, entr'autres choses, un grand nombre de morceaux de colonnes unies, des bases et des chapitaux ; ce qui suppose une galerie ; une grande quantité de morceaux de marbre. J'ai rencontré dans celles que j'ai faites dans l'arêne, à seize pieds du sol d'aujourd'hui, de grands escaliers circulaires, et sur un sable noir très fin, des ossements humains et de divers animaux carnivores, des débris de verrerie et de poterie, des agraffes et des épingles à cheveux. Malheureusement la mauvaise saison, le défaut de fonds, et le besoin de former de suite une promenade m'empêchèrent de pousser plus loin des recherches qui auraient été fort intéressantes.

De chaque partie latérale de l'amphithéâtre partait une forte muraille, épaisse d'environ deux mètres, dont on voit encore quelques fondemens, mais dont on ne connaît pas le terme, quoiqu'on l'ait suivie à plus de deux cents mètres. On a cru que c'était le rempart. on trouva tout près dans les temps une épée dont la lame à deux tranchants avait deux décimètres de longueur. Sa poignée était à la romaine. On y rencontra aussi une masse de plomb de quatre-vingt trois kilogrammes, et une lampe à trois pieds, en fer battu.

Il existait à gauche, à deux cent mètres environ de l'amphithéâtre, un édifice qui mérite une attention particulière ; il était composé d'une multitude de chambres parallèles, dont les extrémités répondent au midi et au nord, séparées par une rue de quatre à cinq mètres de large. les unes ont depuis deux jusqu'à cinq mètres en oeuvre sur une face, cinq, six et sept sur autre. Les murs de refends ont soixante-dix centimètres d'épaisseur, les gros murs deux mètres. Quelques-uns de ces appartemens sont décorés de terris et de peintures à fresques : déblayés de la terre végétale qui les dérobe à la vue, ils ont encore jusqu'à trois mètres d'élévation au dessus de l'ancien sol où sont les terris. Malgré cela on ne leur a découvert aucune entrée, de telle sorte qu'un particulier qui en a pris deux pour se loger a été forcé d'ouvrir les murs pour se procurer des portes et des fenêtres. On conçoit qu'ils pouvaient être éclairés par le haut ; mais comment et par où y parvenait-on ? On les considérait comme autant de cachots, si on ne voyait dans plusieurs des embellissemens qui en dissuadent. Ils sont enfin tels, et paraissent aussi anciens que celui qui fut découvert sur le mont Aventin, qui n'avait ni portes ni fenêtres, et dans lequel on descendait par une ouverture pratiquée supérieurement, au rapport de Flaminius. On croit que ces appartemens formaient les casernes ou l'hôpital.

On dénombra tout près un four à pain ; il était comme les nôtres, rond et surmonté d'une voûte ; ainsi qu'un grand nombre de puits affectant tous la forme circulaire, et revêtus en grosses pierres. On découvrit dans un, des tuiles à rebords, des briques, des carreaux de différentes époques, des cornes de boucs et de cerfs, un patère en fer battu, les restes d'un couteau propre aux sacrifices, différens morceaux de verre, de vases de terra campana et étrusques, de gros cloux, clavi muscarii de Vitruve, des clefs antiques, des garnitures de meubles en bronze doré, des lampes domestiques et sépulchrales, des amphores immenses, et quelques pierres gravées que j'ai vues dans le cabinet du docteur Barallion.

A la droite de l'amphithéâtre, en deçà de la muraille dont on a parlé, et sur l'emplacement du palais qu'on a cru devoir y exister, on découvrit trois fours d'étuves, ou des poëles accollés les uns aux autres, construits à la manière de Vitruve : l'argile gâchée en liait les pierres de briqueterie ; il en partait des conduits en terre cuite qui portaient la chaleur dans les appartemens. L'un de ces conduits, de forme carrée, avait plus de deux mètres de longueur. Ces fours étaient encore remplis de charbons et de cendres ; le mortier avait acquis la consistance de la brique et était fort rouge. Winkellman en a vu de pareils dans la villa de Tusculum, et dans une maison de campagne à Herculanum.

Les statues de bronze et en marbre trouvées en différents lieux, les inscriptions tracées ci-dessous annoncent l'existence de plusieurs temples. La Diane en bronze, de près d'un mètre de hauteur, décombrée il y a soixante-dix ans, au centre de l'ancien Néris à travers des débris de colonnes et de tables de marbre, avait sans doute le sien. Il faut en dire autant de la Flore ou l'Abondance, pesant cent kilogrammes, trouvée dans la dépendance du palais du gouverneur par M. Lafont qui la donna au curé Renaud, lequel en fit présent à M. de Durat, (grand amateur d'antiquités de ce pays, et qui avait un beau cabinet. Depuis sa mort, on ne sait pas quel en a été l'héritier). Les petites statues de bronze dont parle M. de Caylus faisaient sans doute partie des divinités qu'on y adorait, et dont on révérait l'image.

L'un de ces temples était consacré aux chefs du gouvernement et à leurs épouses ; c'st ce que nous apprend une inscription trouvée en 1776 sur une pierre, dans l'ordre suivant :

Numinibus

Augustorum

Junonibus

Vicani

Nerio magienses

(J'ai fait placé cette pierre sur la porte de l'hôpital qui va au jardin).

La même inscription se lisait sur une autre pierre, mais en abrégé, et de la manière suivante :

Nbs. Agm. Jbs. Vni. Ngs.

Le curé Renaud assure que les restes du temple auquel elle appartenait furent découverts en 1784, en nettoyant les fossés de la grande route qui va à Montaigut ; il dit avoir vu les assises des colonnes dans le champ du Péchin, l'un des plus anciens faubourgs de Néris. Je me suis convaincu que des fouilles faites dans les divers terrains qui portent ce nom produiraient des résultats satisfaisans.

Sur les couvertures du grand aqueduc qui traverse la grande route, le Prélong, la Maison Lafont, et va se perdre au bas des thermes, se trouvaient des inscriptions étrangères à leur emploi. Les pierres sur lesquelles elles étaient gravées étaient tellement confondues, que plusieurs représentaient la fin ou le commencement d'un mot sans suite ; toutes cependant paraissaient indiquer la dédicace d'un temple, et le nom de la divinité qui y présidait. ce qui prouverait, ainsi que j'aurai occasion de l'observer plus bas, que ces monuments avaient été détruits à la première irruption des Barbares, et que l'aqueduc avait été réédifié ou restauré aux dépens de leurs débris.

Le docteur Baraillon copia sur place, dans les temps les inscriptions suivantes :

Neunerio, ou dieu tutélaire de Néris.

Ovh, Ovhanna, à la déesse Ovhanna qui était très vénérée au centre des Gaules, surtout à Evahon, Evaux, lieu de son origine, à deux myriamètres de Néris.

Visso, Vissago, ou dieu Vissagus. Ce Vissagus rappelle le dieu Wasso des auvergnats, le Borvo de Bourbon Lancy dont parlent MM. de Caylus et Danville, le Mammona ou Mona de Bourbonne-les-Bains, et de tant d'autres, que l'on peut voir dans la dissertation de l'abbé Mongault.

Pline dit à ce sujet : Augent numerum deorum auquae nominibus variis.

Tertullien, Minutius-Felix rapportent que chaque peuple avait son dieu tutélaire et son dieu municipal. Neunerius était donc probablement celui de Néris.

Au sortir de l'amphithéatre et de la ville, on descendait par une rampe dont on rencontre encore les vestiges dans le vallon, soit pour aller au palais du gouverneur, au temple de Pallas, à celui de César et au camp. ce vallon était entrecoupé d'écluses, comme on peut le vérifier. On remarquait encore en 1806 dans quelques-unes la place de la bonde que le ciment avait parfaitement conservé. Les grands aqueducs qui bordent les thermales allaient se jeter dans ces écluses qui étaient destinées, probablement, à entretenir des moulins, ou à servir de naumachies, puisqu'elles étaient fournies en partie par les thermales, et en partie par les eaux froides.

Le camp est assez bien conservé : il est au couchant de Néris, et de forme à peu-près triangulaire ; sa circonférence en dedans est de cinq cent quarante six mètres ; les parties de l'est et de l'ouest, ainsi que la totalité du nord, étaient défendues par un ravin très profond ; le surplus, d'environ deux cent cinquante mètres de long, léatait par une levée de terre palissadée et flanquée de tours. cette levée a encore en dehors, à partir du fossé, vingt-huit mètres d'élévation, et près de vingt en dedans du camp. le côté du midi a la forme demi-circulaire. On remarque sur cette partie deux éminences, à quarante-six mètres de distance, qui indiquent à notre avis le placement des tours. Entr'elles il y avait une porte bien marquée par la brèche de la levée ; elle répondait au palais du gouvernement, et portait probablement le nom de prétorienne. Une autre au levant, marquée par une ouverture de dix mètres, correspondait avec la forteresse, et regardait l'amphithéatre. Elle s'appelait la questorienne. La troisième enfin, qui était à l'ouest, portait simplement le nom de décumane.

Au rapport du curé Renaud, on a trouvé des restes de la palissade par les traces de bois pourri que l'on a suivies très profondément à partir du haut de la levée. Il assure aussi qu'on décombre sur les lieux deux grandes urnes ou amphores, différens vases entiers de terra campana ou étrusques, chargés de divinités et de figures d'animaux, un grand boucllier qui passa dans la maison de Durat, et que M. Dufour, peintre, à Moulins, a dessiné et modelé en plâtre. A soixante dix huit mètres de la porte orientale du camp subsistait une forteresse (3) qui présentait un carré de quarante quatre mètres sur deux faces opposées, et de trente six sur les deux autres. Elle était située dans le champ de la Palle, ou de Pallas. Il paraît que les lieux communs des sépultures des Romains étaient hors de la ville. On croit que le champ de Pallas était destiné à cet usage, d'après le grand nombre de tombeaux qu'on y a trouvés. Les squelettes qu'ils renfermaient étaient assez bien conservés : les uns avaient la tête au sud-ouest, les autres avaient les pieds à l'équinoxial. C'est au milieu de ces tombeaux et d'une grande quantité d'ossemens, qu'on a décombré la Flore ou l'Abondance dont nous avons parlé plus haut (4).

Le palais du gouvernement était au midi du camp, dans une terre que l'on nomme le champ des Petits Kars, sans doute par corruption de Mars, à raison d'un temple consacré probablement à ce dieu. ce palais, autrefois habité par Pépin, ainsi qu'on peut s'en convaincre dans le recueil des historiens des Gaules (Tome 6è, page 673) à l'index de geograficus, où il est dit : Nerisius, villa regia in Aquitania, se manifeste par ses ruines, ses débris de marbres, de colonnes à grandes et petites cannelures, et à cannelures moitié grandes et moitié petites, toutes de diverses grosseurs, et annonçant la beauté de l'édifice.

Pline, en parlant des eaux minérales, a dit vrai lorsqu'il assure qu'elles bâtissaient des villes : Urbes quoe condunt.

Ainsi les eaux thermales de Néris, et son point de centralisation sont-ils, à mon avis, les motifs puissans qui déterminèrent les Celtes ou les Romains à y construire une ville. La manière ingénieuse avec laquelle ils avaient mis à contribution les eaux de Villebret, Durdat, Marcoing, Ronnet, Arces prouve facilement qu'elle était très considérable. D'après les courses et observations que j'ai faites sur les lieux, je me suis convaicu que les Romains s'étaient emparé des belles eaux de la commune d'Arces, qu'ils les avaient jetées dans un aqueduc formé en bétone, qui a de capacité trois décimètres vingt trois millimètres sur deux faces, et vingt sept millimètres de plus sur les deux autres, recouvert en dalles sur les parties voisines du sol, et d'une voûte à pierres sèches dans les parties les plus profondes. Cet aqueduc allait se jeter dans la fontaine du Loup, à Ronnet. Elle jaillit dans un pré, et est reçue dans un vaste bassin construit comme les puits des eaux thermales, en entre delà dans un nouvel aqueduc construit comme le premier, longeant Durdat, Arpheuil, se dirigeant sur Marcoing, et aboutissant au clos des Villattes, ainsi qu'on pouvait facilement le juger, il y quelques années ; et se versait dans d'autres plus grands encore, qui traversaient, les uns la partie supérieure de Néris qui va à l'amphithéatre, et les autres la partie qui borde les thermales. Ces derniers aqueducs avaient en-dedans deux mètres six décimètres d'élévation, et près d'un mètre de largeur. On y trouva dans les temps des vases de terra campana, recouverts de figures d'animaux, et de Mercures avec leurs attributs. Le couvercle de l'un de ces vases portait un lion avec sa crinière hérissée.

On se saurait trop admirer l'art avec lequel l'ingénieur hydraulique a saisi le niveau dans un pays rempli de vallées et de monticules, pour diriger ces divers aqueducs, à une distance de près de quatre lieues, sur Néris. Il serait très urgent et peu dispendieux de rétablir ou de restaurer celui qui va de Marcoing à Ronnet. Il est parfaitement conservé dans la plus grande partie de sa latitude : ce serait un service bien important à rendre aux habitans de Néris, qui ne boivent en général ques des eaux de puits qui sont très lourdes et de difficile digestion.

Au milieu de ces ouvrages et de ces monumens élevés et renversés tour à tour par la main des hommes et celle de la nature, les eaux minérales de Néris n'ont point changé de place, et le temps semble les avoir respectées pour dédommager les habitans des malheurs inouis qu'éprouvèrent leurs bons aieux.

Les eaux thermales étaient situées dans l'enceinte de la ville : il serait difficile aujourd'hui de prononcer surles édifices qui les avoisinaient, et sur lesquels sont construites les auberges destinées à recevoir les étrangers.

La découverte, dans les temps, de quelques fûts de colonne, avait fait soupçonner leur mignificence : Auberry nous avait appris qu'en 1604 le bassin thermal était traversé de plusieurs murailles en pierres de taille, incrustées de marbre par dessus, et de chaque côté relevées de marches, aussi couvertes en marbre : ces murailles, à fleur de pavé, étaient ouvertes pour se communiquer les eaux chaudes ; Ferrault avait aussi rapporté, qu'en 1614, les vestiges de la grandeur de Néris paraissaient encore, par la mignificence des bassins d'eau chaude recouverts en marbre, et par de grands aqueducs à la romaine. (Au marbre près, les choses sont encore dans le même état qu'à cette époque).

Malgré l'attestation de ces divers auteurs, et les découvertes ci-dessus mentionnées, on ignorait positivement la situation des thermes ; et lorsque nous dirigeâmes notre choix sur l'emplacement, Figuière, comme étant le plus commode et le plus à la portée du service général des auberges, pour y fonder le nouvel établissement thermal, nous étions loin de présumer que nous trouverions à 5522 millimètres en dessous, les restes de celui que les Romains y avaient construits, à si grands frais, deux mille ans auparavant.

Une fouille de soixante dix mètres de long sur six de large, qui avait pour but la fondation du principal aqueduc qui doit recevoir les eaux chaudes, et les communiquer aux piscines et aux baignoires, nous dévoila au grand jour les restes immortels de la grandeur et du luxe des peuples qui en faisaient usage.

Pour s'en faire une idée précise, et afin de pouvoir, d'après les détails de leur distribution facilement reconnaissable, juger de leur emploi, il faut supposer un plateau de forme carrée, ayant au moins cent mètres de long, sur quatre-vingt et quelques de large, situé sur le roc, à 6497 millimètres au dessous du sol d'aujourd'hui, partant du bassin thermal, se dirigeant dans une vallée riante, entre deux monticules bien plantés, agréablement variés, et sur lesquels sont probablement éparses les cendres de ceux qui en furent les créateurs.

Ainsi donc, sur ce plateau sont assis, savoir : les trois bassins thermaux d'aujourd'hui, une piscine carrée ayant au moins trente mètres de long, décorée d'appartemens, de galeries latérales et transversales, de couloirs, tous pavés et revêtus en marbre, recevant, et au même niveau (5), toutes les eaux qui s'échappaient des bassins ci-dessus, pour les reverser dans une seconde piscine, de quatorze mètres de circonférence ; ainsi de suite, dans une troisième de quatre mètres carrés, une quatrième de neuf mètres de circonférence, et enfin une cinquième de quatre mètres carrés.

Toutes ces piscines, construites en blocs de pierres de taille, dont la carrière paraît avoir existé dans le bois des Forges, ornées circulairement et latéralement de scalaria ou gradins, étaient pavées en belles et fortes planches de marbre blanc, reposant sur un bétone épais de six à sept pouces, appuyé sur un mortier de même dimension, et juxtaposé au rocher : les revêtissements intérieurs étaient aussi en planches de marbre, moins épaisses, apposées sur un ciment contigu aux blocs de pierre, et tous recouverts de plusieurs couches de stuc (6) plus ou moins fortes, suivant les parties qu'elles étaient destinées à enduire : ces magnifiques bassins étaient voûtés (7), et se terminaient par un même nombre d'étuves, ou laconium, de diverses grandeurs : ainsi les nayades bienfaisantes, après avoir successivement répandu à grands flots les plaisirs et la santé sur les personnes qui fréquentaient les piscine, allaient de nouveau exhaler en vapeurs, leurs principes salutaires, sur ceux qui avaient recours aux laconium.