06 août 2008
Statue d'HYGIE
Dans la mythologie grecque, Hygie, fille d'Asclépios (dieu de la médecine) et d'Epione, est la déesse de la santé, de la propreté et de l'hygiène. Elle correspond à Salus chez les Romains. Sa soeur est Panacée qui symbolise la médecine curative. Asclépios et ses filles appartiennent à la lignée d'Apollon, dieu de l'intelligence rationnelle, qui préfigure déjà la science telle qu'on la concevra plus tard en Occident.
Les Grecs l'honoraient comme une déesse puissante, chargée de veiller sur la santé des êtres vivants. Non seulement les hommes, mais tous les animaux étaient l'objet de ses soins. C'est elle qui suggérait mystérieusement aux uns et aux autres le choix des aliments nécessaires à leur existence et les remèdes appropriés à leurs maux ; elle personnifiait en quelque sorte l'instinct de la vie et, en soutenant les forces des mortels, en prévenant même la maladie, évitait à son père la peine d'intervenir continuellement afin d'alléger ou de guérir la douleur.
Elle fut plus tard associée à la lune.
Elle est représentée couronnée de laurier et tenant un sceptre de la main droite, comme reine de la médecine. Sur son sein est un serpent à plusieurs replis, qui avance la tête pour boire dans une coupe qu'elle tient de la main gauche.
Néris les Bains, ville thermale se devait donc d'avoir une statue de cette déesse. Elle fut installée au milieu du Parc des Arènes juste avant l'entrée dans les arènes comme le montre cette carte postale datée de 1904 :
De nos jours, elle se trouve maintenant plus haut en direction du mini golf, mise en valeur avec un beau massif de fleurs.
25 septembre 2006
TOUJOURS A PROPOS DE SAINTE AGATHE
On venait autrefois en pélerinage à la chapelle de Sainte Agathe, depuis longtemps détruite.
Le 5 février, 
Fontaine Sainte Agathe où devait se trouver également la chapelle Sainte Agathe.
fête de la sainte, toutes les bergères des environs accouraient en portant, cachée sur elles, une petite houlette de coudrier, agrémentée d'ornements en forme d'hélices ou de losanges, obtenus en soulevant l'écorce à des points déterminés. Elles touchaient la statue de sainte Agathe avec cette houlette qui leur servait ensuite de talisman pour compter les moutons et protéger le troupeau. Les nourrices et les mères qui n'avaient pas de lait ou souffraient des seins venanient aussi en pélerinage à la chapelle de Sainte Agathe ; afin d'obtenir le rétablissement de leur lait ou leur guérison, elles faisaient 7 fois le tour de la chapelle.
Après la ruine de la chapelle, la statue de Sainte Agathe fut transportée à l'église paroissiale de Néris et le pélerinage traditionnel des bergères s'y poursuivit le 5 février qui devint aussi fête patronale.
La fontaine de Sainte Agathe qui se trouvait près de la chapelle disparue était fréquentée par les fièvreux. Elle guérissait aussi certaines maladies des bestiaux.
"Le Folklore Bourbonnais" Camille GAGNON - 1948
Statue de Sainte Agathe se trouvant dans l'église de Néris les Bains.
18 septembre 2006
LA BICHE DE SAINT PATROCLE
Au fond des bois pleins d'un vaste silence, d'épouvante aussi, dans une gorge abrupte et rocheuse entre Villebret et Néris, Patrocle fixa ses pas après avoir erré de longs jours. Il se construisit une hutte de terre, de pierres sèches et de branchages. Il pensait y couler ses jours, infifférent aux rigueurs des saisons comme à l'infinité des bêtes sauvages, nombreuses aux environs. Celles-ci, d'ailleurs ne lui voulaient aucun mal : les sangliers, les loups même s'arrêtaient dans leur course pour le laisser passer et le saluaient. Une biche blanche, qu'il avait recueillie blessée, soignée et guérie, s'était attachée à lui. Elle ne le quittait pas, quelque chemin qu'il parcourût.
Un jour qu'il se rendait à Néris, où les faux dieux régnaient sur les sources et les thermes, il rencontra deux jeunes filles qui menaient en forêt les troupeaux de leur père. Elles étaient jolies et gracieuses. Bien que surprises de voir cet errant dans la force de l'âge, accoutré d'une peau de bête, appuyé d'une main solide sur un bâton et, de l'autre, caressant la tête d'une biche, elles lui sourirent. Il se fit alors connaître d'elles.
- Je suis Patrocle, leur dit-il, et je viens à vous de la part de Dieu.
L'aînée lui répondit :
- Nous voudrions bien écouter vos paroles, mais nous avons des devoirs à remplir. Tout en gardant les moutons de notre père, ma soeur et moi comptons cueillir les plus belles et les plus odorantes fleurs de la forêt pour les déposer sur l'autel de Nérius qui, jusqu'à ce jour, nous a toujours protégées.
Patrocle répliqua très doucement :
- Ce n'est pas Nérius qui vous protège, mais le Dieu tout-puissant que je sers et veux vous enseigner. Lui seul est grand, lui seul est bon, lui seul est juste.
Il leur expliqua la sagesse et la beauté des saints mystères. Ses paroles étaient empreintes de tant de foi, éclairées de tant de flamme, que les deux soeurs s'en émurent. Cependant, l'aînée lui déclara encore :
- Comment pouvons nous distinguer la vérité de l'erreur ? Nous n'avons jusqu'ici connu que les dieux de nos pères. Quand, par un acte, un signe annonciateur, vous nous aurez prouvé que votre Dieu est plus puissant que les nôtres, nous croirons en lui.
-Avant peu, répondit-il, le signe que vous réclamez se révélera. Un appel vous viendra, vous l'écouterez, vous y obéirez. Vous le suivrez et il vous conduira jusqu'à moi.
Patrocle toucha de sa main le front des deux jeunes filles. Son pouce y traça le signe de la croix et, les ayant bénites, il les laissa aller, pendant qu'il reprenait le chemin de son ermitage.
A peu de temps de là, l'aînée des deux soeurs se tenait assise devant le foyer de la maison de son père. Elle filait de la laine. Une biche blanche franchit le seuil de la pièce où elle se trouvait et vint à elle. La jeune fille reconnut pour l'avoir vue aux côtés de Patrocle, quand elle et sa soeur s'étaient rencontrées avec lui. De son pas léger, la biche s'approcha de la fileuse, posa sa fine tête sur ses genoux, puis s'éloigna vers la porte où elle attendit. La jeune fille ne bougea pas, se contenta de la suivre des yeux. La biche revint vers elle, posa de nouveau sa tête sur ses genoux, puis s'en alla encore du côté de la porte, où elle demeura. C'est seulement à la troisième fois que la fileuse comprit et vit dans la présence de cette biche blanche le signe annonciateur qu'elle avait demandé à Patrocle, dont il lui avait promis la venue prochaine. Elle abandonna sa quenouille et suivit la gracieuse envoyée.
Toutes deux s'enfoncèrent dans la forêt. Les ronces et les branches s'écartaient devant elles pour leur livrer passage. Les animaux sauvages fuyaient pour ne pas les effrayer. Elles arrivèrent au bord d'un torrent. La biche se jeta à l'eau et la traversa. La jeune fille ne savait pas comment faire, car le torrent était profond et rapide. Elle ne voyait aucune pierre où elle put poser ses pas. Tout à coup, la branche d'un saule s'abaissa devant elle. Elle y prit place et fut transportée sur l'autre rive. La biche repartit devant elle et la conduisit à l'ermitage de Patrocle. Le saint l'accueillit d'un front rayonnant. Il lui dit avec de tendres paroles toutes les raisons qu'elle devait avoir de croire à son Dieu. La jeune fille l'écouta avec attention. Elle sentit peu à peu la foi chrétienne se substituer en son âme à ses anciennes croyances. Elle demanda à Patrocle de lui apprendre à prier. Tous deux se mirent à genoux sur le sol et récitèrent de pieuses oraisons.
La jeune regagna cependant la maison de son père. En y arrivant, elle trouva filée toute la poupée de sa quenouille de laine. Plusieurs jours de suite, chaque matin, la biche revint chercher la jeune cathécumène et, par les mêmes voies, la conduisit à l'oratoire de Patrocle.
-Je crois en votre Dieu, lui annonça-t-elle un soir, au moment où elle s'apprêtait à rejoindre la maison de son père.
Patrocle alors la baptisa et lui donna le nom d'Agathe, vierge et martyre sicilienne, morte en l'an 251.
La soeur et le père d'Agathe, ce dernier après une cruelle maladie que Patrocle guérit, se convertirent à leur tour, ainsi qu'un grand nombre d'habitants de leur voisinage. Afin qu'ils puissent y venir prier, le saint fit bâtir une église à côté de laquelle il éfifia un monastère pour y soigner les veillards et les malades. Il en confia la direction à Agathe.
Le bruit des conversions et aussi des miracles accomplis par Patrocle étendit sa renommée très au loin. De toutes parts on accourut ver lui, pour réclamer son appui, son secours. Il ne pouvait plus prier et méditer autant qu'il le désirait. Il résolut de chercher une autre solitude, d'autant plus qu'il sentait son coeur épris d'une si profonde affection pour Agathe qu'il redoutait qu'elle ne devint coupable aux yeux de Dieu.
Il quitta son ermitage par un clair matin de printemps. Les branches des arbres commençaient à se velouter de verdure. Mille oiseaux chantaient en construisant leur nid. Il s'enfonça plus avant dans la forêt, toujours accompagné de sa biche.
"Légendes traditionnelles du Bourbonnais" Louis Aubert - 1946
15 septembre 2006
LEGENDE SUR SAINTE AGATHE
Les traditions assurent que sainte Agathe et saint Patrocle étaient liés par une grande affection spirituelle. Après la mort de celui qui l'avait amené à Dieu, elle quitta le couvent hôpital qu'il avait fait bâtir pour elle, et se retira dans sa solitude, aux environs de Néris. Elle se construisit une cellule au bord d'une source et un petit oratoire. Ce fut l'embryon du village même de Saint Agathe.
Quand elle rendu l'âme, sa chapelle devint un but de pélerinage. Les bergers et les bergères s'y rendaient avec leurs moutons pour les placer sous sa protection. Ils touchaient sa statue avec le bâton dont ils se servaient pour conduire leurs troupeaux.
Sainte Agathe de Néris n'est pas la vierge sicilienne martyrisée en l'an 251, sur l'ordre de l'empereur Quintellius. Son nom lui fut donné par Patrocle lorsqu'il la baptisa. Sa foi populaire l'identifie cependant avec sa patronne. On sait que celle-ci eut les mamelles arrachées par le bourreau. Dans toute la chrétienté on l'invoque en conséquence pour la guérison des plaies ou abcès des seins. Les jeunes mères viennent également lui demander de leur donner le lait nécessaire à l'allaitement de leur nourrisson. Elles récitent son oraison, vont ensuite boire un peu d'eau puisée dans sa fontaine. Sainte Agathe de Néris intercède toujours efficacement auprès de celles dont elle porte le nom et obtient qu'elle satisfasse celles qui s'adressent à elle. Mais de tout temps, il y a eu des esprits soi-disants forts, des incrédules et des blasphémateurs.
Un homme du pays environnant accompagna un jour sa femme à la fontaine sainte Agathe. Il se moqua d'elle quand il l'entendit invoquer la sainte et la vit boire de l'eau en vue d'augmenter son lait en quantité. Pris soudain d'une idée saugrenue, il dit à son épouse :
- Peut être que si je buvais de l'eau de sa fontaine, ta sainte Agathe me donnerait aussi du lait ? On verra bien.
Son geste suivit sa parole. Or, la nuit venue, il sentit ses seins se gonfler au point de lui faire mal et de lui donner de la fièvre. Au matin du jour suivant, quand il voulut reprendre son travail, force lui fut d'y renoncer, tellement sa poitrine le faisait souffrir. Il comprit que c'était la punition de son acte railleur de la veille. Repentant, il vint trouver sainte Agathe et lui demanda de le délivrer de son lait. La sainte le fit aussitôt.
"Légendes traditionnelles du Bourbonnais" Louis Aubert 1946
23 août 2006
LE CHATEAU DE CERCLIER
LEGENDE DE L'AUBEPINE ET DE LA ROSE BLANCHE
Cerclier, transformé aujourd'hui en une élégante demeure moderne, a été jadis un château puissamment fortifié, ainsi qu'en témoignent les vestiges des fossés, et les belles tours que l'on peut admirer sur la façade du parc.
Ce château a-t-il été jadis le théâtre d'évènements importants et d'intéressantes légendes ? Je ne sais, et le propriétaire de Cerclier n'a pu satisfaire ma curiosité ; toutefois, en visitant son beau jardin il m'a rappelé quelques coutumes avec deux gracieuses légendes que les jeunes filles de chez nous aimaient beaucoup à conter il y a quelques cinquante ans ; elles nous expliquent pourquoi nos jardins bourbonnais renferment presque toujours des roses blanches, et sont souvent entourés d'une belle hair d'aubépine.
D'ordinaire, le jardin du paysan bourbonnais renferme peu ou pas de fleurs, cependant, parfois, on voit çà et là disposés en bordure et sans aucun ordre, quelques pieds de Cocus (primevères), de Gatelières (mauves), d'Ulliers ou de Carafés, et quelques grands soleils jaunes d'une hauteur démesurée. Il y a souvent aussi quelques pieds de Chrysanthèmes pour orner les tombes à la Toussaint, car le Chrysanthème, dit-on, parle avec les morts et leur tient compagnie.
Chez les gens comme il faut, on trouve encore presque toujours pour porter bonheur : un ou deux pieds de buis, dont les branches serviront pour les Rampans ; un buisson de roses blanches, quelques pieds d'Ebaupin.
Chacun sait que le buis porte bonheur et met à couvert de la sorcellerie ; la rose blanche porte également bonheur parce que c'est la fleur de la Vierge Marie ; jadis il n'y avait que des roses rouges et Marie en possédait un pied qu'elle cultivait avec soin ; un jour, elle n'avait pas d'eau pour les arroser car durant l'été, l'eau était très rare en son pays ; à grand'peine des voisins lui en apportèrent, mais pendant son absence, comme Joseph revenait de travailler et qu'il était très altéré, il but cette eau. Les pauvres roses se desséchèrent, et l'enfant Jésus, qui avait coutume de s'amuser avec et de respirer leur parfum, se mit à pleurer en les voyant en cet état ; alors Marie laissa tomber quelques gouttes de son lait sur les roses flétries, aussitôt elles reprirent la vie mais devinrent toutes blanches. C'est depuis lors qu'il y a des roses rouges et des roses blanches, celles-ci sont consacrées à la Vierge Marie qui aime à en voir fleurir ses autels, et protège ceux qui les cultivent dans leur jardin.
La légende de l'ébaupin, c'est ainsi que chez nous on nomme l'aubépine, n'est pas moins naïve, ni moins gracieuse.
Un jour que la Vierge Marie avait été laver, elle fut surprise par un violent orage : effrayée par la foudre, elle se mit à l'abri sous un grand ébaupin, et finit par s'endormir sous son ombre avec l'enfant Jésus. Mais le lendemain au matin, elle s'aperçut que ses langes ayant été mouillés par la pluie, l'enfant avait froid et commençait à trembler. Remplie d'inquiétude, Marie déshabilla son fils et le coucha à l'abri de l'ébaupin, tandis qu'elle étendait ses langes sur les branches de l'arbre pour les faire sécher.
Et le soleil se fit
plus ardent pour sécher les langes, tandis que les feuilles et les fleurs de l'aubépine se serraient les unes contre les autres pour mieux abriter le divin enfant. Aussi, quand Marie, toujours inquiète, reprit son fils et l'embrassa pour le réchauffer, Jésus qui ne tremblait plus sourit doucement à sa mère, et Marie pleine de grâces sourit à la fois à son enfant et à l'arbre qui l'avait protégé.
Depuis ce moment, la fleur de l'aubépin, jusque-là sans odeur, comme celle des autres épines, exhale un parfum ineffable, plus doux et plus agréble que celui de toutes les autres fleurs. Et l'aubépin resta l'arbre préféré de la Vierge Marie ; aussi quand le Christ mourut, il voulut que ses rameaux fournissent la couronne de douleur que les Juifs placèrent sur son front, afin que, pendant son agonie, l'arbre béni lui rappelât sa mère et les tendres soins dont elle avait entouré son enfance. Ainsi consacrée par le sang d'un Dieu, l'ébaupin ne peut manquer d'avoir des vertus merveilleuses.
Nos paysans croient qu'il n'est jamais frappé de la foudre, et qu'il a le pouvoir, ainsi que le buis, de détourner les maléfices et de porter bonheur : aussi nos bergères ont souvent dans les champs un rameau d'ébaupin, persuadées qu'elles sont, que cela suffit pour les protéger contre l'enfer et ses suppôts.
Aussi les personnes prudentes ont-elles soin de cueillir le premier rameau d'aubépin qu'elles trouvent fleuri et de la placer dans les combles de leur maison pour la garantir du tonnerre. Et en effet, le feu du ciel ne frappera jamais la maison protégée par un rameau de l'arbre qui a protégé contre l'orage le Christ et sa mère.
De même aussi, les jeunes gens de nos villages, quand vient le mois de mai, le mois où fleurit l'aubépine, s'empressent-ils d'emporter d'énormes touffes entrelacées de rubans devant la porte des jeunes filles qu'ils désirent comme fiancées. C'est ce qu'ils appellent planter le Mai, car il donne à l'aubépine le nom du joli mois où sa fleur s'épanouit. Et ce Mai est à la fois un gage d'amour et un témoignage de respect ; on ne le porte pas aux filles de mauvaise réputation car, en le plantant devant la maison, on veut proclamer que celle qui l'habite est digne, tout comme Marie Immaculée, de s'abriter et de dormir sous les blancs rameaux de l'aubépin.
Enfin, au printemps, si une mère a son enfant malade de la fièvre, elle le prend dans ses bras et le porte devant la touffe la plus belle et la plus fleurie d'un buisson d'aubépin. Là elle s'agenouille, dépose devant elle son cher fardeau, baisse son front sur ses mains jointes, et prie du plus profond de son coeur. Puis elle se relève, embrasse l'enfant, le reprend dans ses bras, et rentre à la maison. Plus d'une fois une chaude larme a glissé entre ses doigts maternels, mais elle se console vite car bientôt son enfant est guéri.
En effet, l'aubépin, au dire des bonnes gens de chez nous, a une précieuse vertu pour les jeunes enfants que la fièvre tourmente : car la Vierge bénie entre toute les femmes a promis que la fleur de l'aubépin, pour avoir protégé son enfant contre la fièvre et le froid, aurait de toute éternité pouvoir de protéger de même les enfants des autres femmes.
Et ce n'est pas là simple croyance à une naïve légende, mais bien le vieux souvenir de vérités connues depuis plusieurs milliers d'années ; car la suprématie de l'aubépin sur les autres plantes est déjà proclamée dans la parabole des arbres et de l'épine, racontée par la Bible, en ces termes : alors tous les arbres dirent à l'aubépin :"Viens, toi, et règne sur nous". Et l'aubépin répondit aux arbres : "Si véritablement vous me choississez pour roi, venez et vous retirez sous mon ombre..." Et ainsi il est dit au chapitre IX du livre des Juges.
"Légendes Bourbonnaises" Texte du docteur Piquand. Fascicule 1 "Néris"
21 août 2006
LA BONNE DAME DE PERASSIER
En sortant de Néris par la route de Montluçon, tournez à droite peu avant le viaduc, prenez le chemin des Billoux, descendez au fond d'une gorge assez pittoresque, traversez le ruisseau et remontez une côte fort escarpée. Ce chemin conduit à l'étang de Ménevault et aux beaux arbres de la vallée de Sainte Agathe. Mais avant d'arrivée à Ménevault, vous apercevez une porte à demi ruinée, en haut de laquelle subsistait encore, il y quelques années, un écusson, une couronne, quelque chose qui reporte vers les temps anciens. Cette porte était celle de la cour du château de Pérassier.
A côté se montrent un massif d'arbres, une masure et quelques animaux jouant sur du fumier. Mais derrière cette masure, on trouve la ferme avec des ombrages plus touffus, des fossés remplis d'eau trop paisible, une tour carrée qui semble rester debout pour faire regretter ce qui est tombé. On sait mal quelle a été la destinée du château, ni le nom des anciens maîtres ; c'était un beau château cependant. La tour même, les restes de la porte, les fossés avec le pont qui subsiste encore, les murs crénelés au long desquels on passe en allant à Ménevault, attestent une ancienne existence aujourd'hui oubliée. Cependant de belles et nobles choses se sont probablement passées en ce lieu, car si l'en croit une vieille tradition, c'est là que Gabrielle Bartine, cette jolie damoiselle qui avait mérité l'inconstante tendresse de Charles II, le duc cardinal et l'archevêque guerrier, se serait retirée pour élever sa fille Isabelle. Ces chemins que les chevaux du pays franchissent aujourd'hui avec peine, ces cours métamorphosées en vergers, ces murailles dont il reste seulement une porte et quelques créneaux, retentissaient des chants de fêtes, des appels de chasse, et quelquefois des bruits de guerre.
Les belles et nobles choses qui se sont passées en ces lieux sont complètement oubliées, on ignore même les noms des seigneurs qui y ont commandé, seule persiste une vieille légende du moyen âge : cette légende de grâce et de bonté immortalise le souvenir d'une des premières châtelaines ; son nom à elle n'a pas disparu car aujourd'hui, comme jadis, on l'appelle la bonne dame de Pérassier.
C'était vers l'an 1100, il y avait alors au château de Pérassier un seigneur, homme violent et brutal comme l'on en vit peu : son coeur était aussi dur que son poignet accoutumé à manier le fer, il en tirait d'ailleurs vanité, disant que suivant la devise de ses ancêtres, il était : per acier, pareil à l'acier. Il n'était heureux que lorsqu'il guerroyait avec ses voisins, quand il courait le sanglier dans les bois, ou qu'il suivait la chasse au faucon avec les seigneurs d'alentours.
Son épouse était la jolie Pernelle, mais plus belle que son visage était son âme où régnait la bonté et la compatissance. Elle avait si grande charité qu'elle passait tout le long des jours, et même une partie des nuits, à travailler pour les pauvres. Aussi dans le pays ne la nommait-on pas autrement que la bonne dame de Pérassier. La méchanceté de son époux lui mettait beaucoup de deuil dans le coeur, mais elle souffrait en silence.
Souvent la bonne dame descendait au village voisin pour visiter les pauvres et leur porter avec de bonnes paroles, toutes sortes de provisions en pain, viandes, vin, linge, remèdes, etc... C'était à l'insu de son mari qu'elle exerçait toutes ces belles oeuvres de miséricorde. Le sire de Pérassier s'en étant aperçu, lui défendit, sous les plus cruelles menaces, de ne rien donner aux pauvres à l'avenir. Et la bonne dame de pleurer ! Mais elle était si dévouée et si bonne, qu'après quelques jours elle reprit ses habitudes.
Un jour, c'était pendant l'hiver, la bonne dame partait, ayant son tablier tout rempli de provisions pour ses bien-aimés pauvres et ses chers malades. "Ils sont par cet hiver grandement malheureux, pensait-elle, on ne saurait trop se hâter de leur porter secours".
Mais au tournant du pont-levis, elle se trouva malencontreusement face à face avec le seigneur châtelain qui rentrait tout courroucé d'une chasse infructueuse.
"Qui vous fait sortir de si bonne heure, Madame, vous qui d'habitude à ce moment ne quittez guère votre livre d'heures" ?"
- Mon ami, j'allais au devant de vous.
- Voyons, que portez vous donc dans votre devantière, vous êtes chargées comme une pauvre paysanne !"
Toute décontenancée, la bonne dame ne sait que répondre, et, baissant les yeux, elle balbutie :
"Ce sont des roses que je porte à mon amie la dame de Cerclier.
-Oui-dà, répartit avec ironie le sire de Pérassier, des roses en plein hiver, c'est là belle merveille que je serais bien aise de contempler."
Et d'un geste brusque, il écarte le vêtement que la bonne dame toute tremblante retenait à deux mains.
Mais - ô prodige - de la devantière ouverte coule une brassée de fleurs, et la terre, en ce moment couverte de neige, se trouve parsemée de roses odorantes et vermeilles, comme oncques n'en vit de semblables dans la saison du plus doux printemps.
Le sire, pénétré d'admiration, prit une des roses et la fixa sur son coeur en disant : "Continuez vos bonnes actions, ma douce amie, car je vois qu'elles plaisent à Dieu, et que grâce à vous il me sera beaucoup pardonné". Et depuis ce moment il devint pieux, et se montra doux et affable envers son épouse et ses serviteurs.
Pernelle fut bien heureuse de ce changement, et vécut le reste de ses jours en grand honneur et bonheur.
Au bout de plus de huit siècles, son souvenir ne s'est pas perdu et aujourd'hui encore, au tournant de l'ancien pont-levis du château, un buisson de roses, odorantes et vermeilles, nous rappelle la belle âme et le doux sourire de celle qu'on appellera toujours la bonne dame de Pérassier.
Extrait de "LEGENDES BOURBONNAISES". Texte du docteur Piquand
Fascule 1 "NERIS"
Dans le texte original, Pérassier est écrit Péracier.
02 août 2006
LEGENDE DES SOURCES DE NERIS
Il y a bien longtemps, des milliers et des milliers d'années avant la naissance du Bon Dieu, à l'époque où les héros, les géants et les monstres parcouraient la terre, vivaient les Néréides, filles de Nérée et de sa soeur Doris, petites filles de l'Océan et de Thétys. Ces cent cinquante nymphes séjournaient au fond des ondes de la mer Egée, et dans leur voluptueux regard se reflétaient les abîmes d'amour qui ont produit Vénus. Elles formaient le cortège de Neptune et environnaient son char, passant tout leur temps à folâtrer dans les eaux, et à charmer les habitants des flots par leurs grâces naturelles et par les belles formes de leur corps.
Suivant les ordres de Neptune, Nérée avait décidé qu'elles épouseraient les fils de Triton de façon à former une race de Dieux marins qui peupleraient son empire. Mais deux d'entre elles résolurent de se soustraire à cet ordre : la plus âgée que l'on appela Thétys du nom de son aïeule, réussit à épouser Pélé malgré la jalousie de Neptune et de Jupiter. La plus jeune s'éprit également d'un simple mortel Dus le père des Gaulois. Pour rejoindre son amant, elle déroba le char de feu aux chevaux verts dont chaque roue et chaque coursier portait une étoile, et s'enfuit vers la Gaule.
Comme elle approchait du centre de la Gaule et de la forêt où habitait Dus, Neptune irrité déchaîna les vents et la tempête, et le char désemparé vint se briser et s'engloutir dans la profondeur de la terre, à l'endroit où plus tard devait jaillir les sources thermales de Néris. Aujourd'hui encore, on montre en bas de la grande côte de Néris, dans la prairie qui précède Sainte Agathe, à gauche en allant à Montluçon, un terrain mouvant en forme de vivier, sur lequel croissent des glaïeuls : sorte de goufre au fond duquel aurait disparu le char enchanté qui portait la dernière des Néréides.
(La fontaine Sainte Agathe se trouve donc sur la plaine du même nom, à gauche en direction de Montluçon juste après le chemin remontant sur Bloux. On peut y apercevoir la station de captage)
Emu par les plaintes de Nérée et de Doris, Neptune finit par se laisser attendrir, il retira des profondeurs de la terre les étoiles du char englouti, et en forma une constellation que l'on appela plus tard le Chariot de David : c'est de là que vient la légende, très enracinée chez nos vieux paysans, que le char du Roi David a été enfoui dans le sein de la terre à Néris même. Quant à la Néréide, il la transforma en une magnifique source douée des vertus les plus bienfaisantes, mais en lui imposant l'obligation de rester sommeiller sous la terre, jusqu'à ce qu'une vierge de la race de Dus vint la délivrer. A la prière de Dorus une véritable forêt de buis vint couvrir la vallée où reposait la dernière des Néréides, et y former comme un immense cimetière : au lieu même où elle avait été engloutie, un tilleul, des roses et des glaïeuls poussèrent sans avoir jamais été semés. Et ces fleurs qui ornaient le tombeau de la Néréide avaient une odeur plus suave, et des couleurs plus éclatantes que les autres, comme si elles avaient été vivifiées par la brise et l'odeur de l'Océan.
Il se passa un grand nombre d'années, et les descendants de Dus peuplaient la plus grande partie de la Gaule quand, il y a près de quatre mille ans, par un beau jour de printemps, de l'immense forêt, qui couvrait alors tout le Bourbonnais et dont la forêt de Tronçais représente le magnifique reste, sortirent trois belles jeunes filles dont la légende nous a conservé les boms : Tullia, Boina et Néria. Ces trois soeurs étaient les descedantes de Dryus, père des druides et arrière petit fils de Mage, fils de Dus : comme toutes celles de leur famille elles avaient été consacrées au culte des chênes, mais, ce jour, poussée par une force irrésistible elles sortaient de la forêt et s'en allaient à l'aventure. Dans sa main, Tullia tenait un marteau et Boina une faucille, quant à Néria, dans les plis de son devantiau soigneusement relevé, elle portait un vase plein d'eau qu'elle avait puisé au plus profond de la forêt, à l'endroit que l'on appelait la Moutte sauvage et où jaillissait une belle source d'eau, si chaude qu'elle brûlait les doigts, si belle que toutes les femmes venaient s'y laver, si bonne que beaucoup de malades en buvaient pour se guérir.
Nos trois Druidesses arrivèrent au point le plus élevé de la contrée, et là, séduites par la vue magnifique qui découvrait toute la région, elles résolurent de s'arrêter. Tullia qui, en qualité d'aînée marchait en tête, dits aux gens du pays accourus autour d'elle : "Nous vous apportons un présent précieux, une eaux merveilleuse qui conserve la beauté des femmes, calme toutes les douleurs et rend aux membres fatigués leur force et leur souplesse". Mais les habitants de ce pays étaient des êtres rudes et sauvages qui reçurent fort mal la pauvre Tullia : "Nos femmes sont assez belles pour ne pas avoir besoin de votre eau. Quant à nous, nous sommes assez forts et assez braves pour mépriser la douleur et la fatigue. Sans aucun doute la vertu de cette eau vient de l'esprit du mal qui vous a envoyées ici pour nous amollir et nous corrompre, aussi, nous allons vous châtier".
Aussitôt, saisissant la pauvre Tullia, ils l'entraînent au sommet de la colline où s'élevaient des pierres gigantesques qui leur servaient d'autel, l'étendent sur la plus haute de ces pierres et lui ouvrent la gorge. Epouvantées, Boina et Néria s'enfuient, non sans avoir ramassé le marteau que Tullia avait laissé tomber. Arrivées au bas de la colline, elles en frappent une roche. Aussitôt la terre tremble et les rochers s'écroulent, ensevelissant, sous leur décombres, maisons et habitants. Depuis ce moment, la colline de Toul Sainte Croix est couverte de pierres éparses, la terre y reste stérile et les habitants en sont réduits à boire l'eau du ciel car aucune source d'eau potable n'y jaillira jamais.
Boina et Néria s'enfuirent sans s'arrêter jusqu'au bord du Cher. A cette époque, les eaux de la rivière couvraient complètement la cuvette où se trouve édifié aujourd'hui Montluçon, formant un lac au milieu duquel se dressait une île, qui représentait la colline sur laquelle s'élève maintenant le vieux château. Cette île était couverte d'un bois épais et touffu, et personne ne s'y aventurait jamais, car on la disait hantée par des esprits malfaisants.
Epuisées de fatigue, nos deux druidesses s'endormirent sans défiance au bord de la rivière mais au matin, quand Néria se réveilla, elle était seule. Un indigène du nom d'Emmerock était venu pendant la nuit sur une petite barque, avait enlevé Boina et l'avait cachée dans le bois qui couvrait l'île voisine. C'est de l'union de Boina et d'Emmerock que naquirent les Boiens qui jouèrent un si grand rôle dans l'histoire de la Gaule et du monde.
Epouvantée par la disparition de sa soeur, Néria s'enfuit à nouveau, remontant le long d'une petite rivière dont l'aspect riant et tranquille l'avait séduite. Par un hasard singulier, elle arriva jusqu'à l'endroit où autrefois s'était englouti le char de la dernière Néréides et là, n'en pouvant plus, elle s'arrêta et s'endormit profondément.
Quand elle se réveilla, elle était entourée par les habitants du pays. Prenant pitié de sa jeunesse et de sa détresse, les femmes avaient soigneusement lavé ses blessures et l'avaient étendue sur une couche de buis parsemés de roses et de glaïeuls. Dés qu'elle se réveilla, elles lui offrirent du lait, des fruits et du miel.
Emue de cet accueil et poussée par une impulsion irrésistible, Néria prit le marteau de Tullia qu'elle avait soigneusement conservé et en frappa la terre en cinq endroits différents ; puis, dans chacun des trous faits par le choc du marteau, elle versa quelques gouttes de l'eau qu'elle avait puisée dans la source de la Moutte sauvage. Immédiatement, comme si cette aspersion avait suffi pour réveiller la Néréide qui sommeillait là depuis tant d'années, chacun des trous se transforma en un puits profond, dans lequel vint jaillir une abondante source d'eau si chaude qu'elle brûlait les doigts, si belle qu'on avait envie de s'y plonger, si pure que chacun voulait en boire et Néria dit à ceux qui l'entouraient : "Pour reconnaître vos soins et votre hospitalité, je vous fait don de cette fontaine merveilleuse : pendant toute la durée des temps, il y aura en cet endroit une source d'eau chaude qui ne tarira jamais. Il suffira à vos femmes de s'y plonger pour conserver toujours la jeunesse et la beauté ; pour vous quand vous serez blessés, fatigués et endoloris par les combats et par les durs travaux, vous n'aurez qu'à vous baigner et immédiatement la fatigue se dissipera, la douleur disparaîtra et un calme délicieux s'emparera de tout votre être".
Depuis lors bien des années se sont écoulées
, il y eu bien des changements, bien des alternatives de prospérité et de vicissitudes : les magnifiques monuments des Romains, de Lucius Appius, de Néron et de Julien se sont élevés, puis ont été détruits, ainsi que ceux de Pépin le Bref et de Charlemagne, mais conformément à la promesse de Néria, la source subsiste toujours marquant le tombeau de la dernières des Néréides et conservant aujourd'hui comme jadis ses qualités d'eau de calme et de beauté.
On dit que les habitants du pays ont conservé, eux aussi, les qualités d'hospitalité et de bienvaillance qui avaient séduit Néria et l'avaient incitée à laisser en ce lieu sa source merveilleuse.
Extrait de "LEGENDES BOURBONNAISES". Texte du docteur Piquand
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