Voici la préface du livre de P. Boirot Desserviers qu'il a rédigé en 1822 "Recherches historiques et observations médicales sur les eaux thermales de Néris en Bourbonnais", soit 4 ans avant la construction du centre thermal de Néris les Bains :

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Cet ouvrage est le complément d'une brochure que je publiai sous le même titre en 1817 : quoiqu'elle fût le résultat de cinq années d'observations, je ne la considérai néanmoins que comme un premier tribut que je m'empressais de payer à la Nymphe de Néris, et je pris formellement l'engagement de redoubler de soins pour en diminuer l'imperfection.

En effet, depuis cette époque, pénétré du besoin d'apporter plus d'exactitude dans mon travail, et de justifier la bonne opinion du public, j'ai cherché à mieux coordonner les parties de mon plan, sans l'astreindre à des règles trop sévères, et sans oublier que le premier défaut d'un ouvrage est d'inspirer l'ennui ; le lecteur, entraîné par l'intérêt ou le plaisir, est toujours indulgent.

Après avoir prêté aux propriétés de mes sources la plus scrupuleuse attention, j'ai appliqué dans leur administration les principes de pratique dont je me suis nourri pendant dix huit ans, aux Ecoles de Montpellier et Paris.

Bordeu ayant servi de guide aux meilleurs écrivains qui se sont occupés d'eaux minérales, a dû nécessairement être l'objet de mes méditations : physiologiste sensé, médecin judicieux, observateur exact, il sut répandre dans son précieux ouvrage sur les eaux minérales de Barrèges et de l'Aquitaine, des réflexions piquantes sur les obstacles suscités à la médecine, à la suite des révolutions qu'éprouvèrent le culte, les moeurs et les divers gouvernements des peuples, et des aperçus ingénieux sur le développement, la marche et les crises des maladies chroniques. Il indiqua parfaitement celles qui pouvaient être heureusement traitées par l'emploi de ces eaux ; il marcha pas à pas dans le sentier de l'expérience et de l'observation, dissipa les préventions de l'enthousiasme, celles de l'incrédulité et de l'ignorance. Ainsi nous pouvons dire, avec reconnaissance : honneur au véritable créateur de la science des eaux minérales, honneur à Bordeu notre premier maître !!!

Quelques faits isolés, mais surprenants, plusieurs mémoires épars et décousus (1), c'était là tout ce qu'on l'on connaissait sur les eaux minérales de Néris, lorsque le Gouvernement m'en confia la direction. Nul médecin n'avait cherché à apprécier leur véritable mode d'agir ni leur analyse chimique. Le bruit de leurs cures merveilleuses déterminait le plus souvent quelques praticiens des provinces les plus voisines à les conseiller à leurs malades, car elles étaient complètement ignorées des médecins de la capitale. Aussi, les écrits des auteurs qui en ont parlé, sont, pour la plupart, insignifiants ou remplis d'erreurs.

Les Nymphes de Néris n'étaient donc visitées que par quelques habitués de l'Auvergne, du Limousin ou du Berry, qui s'y rendaient le plus ordinairement sans consultations médicales.

J'ai recueilli avec soin un assez grand nombre d'observations ; j'aurais pu facilement les augmenter, mais j'ai cru devoir les borner aux limites que doit avoir un ouvrage destiné à l'usage des gens du monde : aussi sont-elles plutôt concises que trop longues : j'espère cependant qu'elles suffiront pour mettre hors de doute, non seulement les propriétés médicales de nos eaux (chose reconnue depuis la plus haute antiquité), mais encore l'application qu'il est avantageux ou nuisible d'en faire dans la plupart des maladies chroniques. J'ai joint des tableaux synoptiques où sont relatés le nombre de malades venus aux eaux depuis 1814 jusqu'à ce jour, les diverses affections dont ils étaient atteints, le résultat de mes observations et le degré d'accroissement succeccif de nos sources. ces vérités pratiques sont précédées de recherches historiques sur l'ancien Néris, ses monuments, ses thermes, leur mode d'administration, l'époque présumée de leur restauration, celle de leurs divers saccagements, de la topographie médicale de Néris, la situation de ses eaux, l'aménagement nouveau qu'on leur destine, d'une notice historiques des eaux minérales en général, des propriétés physiques de l'analyse chimique, des propriétés médicales de l'administration, soit à l'intérieur soit à l'extérieur de celles de Néris, enfin de l'hygiène des baigneurs. Corriger des abus funestes, détruire des craintes et des préjugés plus ou moins ridicules, éclairer les personnes qui sont obligées d'avoir recours à nos eaux, diriger les praticiens qui sont à même de les ordonner ; tel est le but que je me suis proposé d'atteindre dans cet écrit.

Il m'a semblé convenable d'ajouter à l'intérêt de mes recherches les dessins lithographiés de la promenade, ceux du nouvel établissement thermal qu'on exécute, quelques parties de celui qui fut construit par les Romains, et plusieurs fragments curieux recueillis sur place, qui se trouvent dans le cabinet du docteur Baraillon, ou dans le mien : cette dernière partie de mon travail sera moins complète que je l'eusse désiré. Divers dessins, entr'autres celui du bouclier, que j'ai annoncé, n'ont pû être terminés ; Messieurs les ingénieurs de l'arrondissement de Montluçon ont refusé, sous divers prétextes, de me livrer les plans de la promenade du Cirque, la suite des dessins des fouilles romaines et ceux de l'établissement thermal : MM. Gisors, oncle et neveu, ont bien voulu réparer l'inconvenance du procédé, et se sont empressés de me communiquer les calques qui sont déposés aux bâtiments civils de l'intérieur. Heureux les pays où les sciences et les arts se prêtent un mutuel appui !!!

Dix années de veilles, de travaux, de démarches, le sacrifice entier de ma fortune, pour rappeler et conserver l'antique célébrité de ces thermes si recherchés par les Romains, et si peu connus de nos jours, n'ont pu me dérober à la malveillance et la jalousie de certaines personnes, et surtout à celles de quelques collègues aussi envieux qu'obscurs. Ce sont sans doute de semblables médecins que le poète latin frappait du fouet de la satyre quand il s'écriait :

Nulla est invidia supra medicorum invidiam

Je tais ici les dégoûts, les tracasseries dont j'ai été abreuvé, les vils calomnies auxquelles j'ai été en butte ; les opinions qu'on m'a faussement attribuées, et les dénonciations odieuses qu'on a dirigées contre moi.

Quoiqu'il en puisse être, je marcherai toujours franchement dans la route que je me suis tracée, et je redoublerai d'efforts pour justifier la confiance dont m'honore le Gouvernement et répondre dignement à celle de mes malades. Je rempli ici un devoir que tout médecin doit à l'humanité et à son pays : je serai grandement récompensé de mes efforts, si je peux attirer des regards augustes sur nos belles sources et prouver aux praticiens distingués au jugement desquels j'en réfère, qu'ils peuvent trouver dans leur emploi une arme nouvelle et sûre pour combattre un grand nombre de maladies chroniques dont j'ai heureusement triomphé.

(1) Il n'y avait d'écrit sur Néris qu'un Mémoire du docteur Baraillon, consigné dans ceux de l'Académie des Sciences ; une courte notice sur l'état des sources par le compte de Cayfus, imprimé en 1761, dans son Recueil d'Antiquités étrusques, grecques, romaines et gauloises ; une description donnée par M. Michel, imprimée en 1766 dans le Journal de médecine ; un petit mémoire par M. Philippe, pharmacien, imprimé en 1786 dans le Journal de Médecine.

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Cette préface est donc suivie de 20 dessins qui sont extrêment intéressants que je n'hésite pas à vous  exposer ici (rappel, cliquer sur la photo pour l'aggrandir) :

Etablissement thermal de Néris. Plan général

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Etablissement thermal de Néris. Plan détaille

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Etablissement Thermal de Néris. Elévation sur la Place

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Etablissement thermal de Néris. Elévation sur le Jardin

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Etablissement thermal à Néris. Coupe transversale

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Vestiges de thermes Romains trouvés sous l'emplacement du nouvel établissement

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Etablissement thermal de Néris. Plan de la promenade du Cirque

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Vases de forme étrusques trouvés dans différents puits près des Arènes

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Inscription trouvée près le champ du Péchin

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Vases de forme étrusque trouvés dans différents puits près les Arènes

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Cheminée en briques carrée destinée à porter les vapeurs dans le Laconium

et lampe trouvée dans le champ de la Palle

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Bas relief en marbre blanc représentant Néron ou Vespasien décombré dans le champ du Péchin

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Vases trouvés dans différents puits près des Arènes

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Vase de forme étrusque trouvé dans un puits près des Arènes

et fragment de Patère trouvé dans un puits près des Arènes

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Amphore de trois pieds et demi de haut trouvé dans le champ de la Palle

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Grande cuillère et casserole trouvées près les Arènes avec divers instruments propres aux sacrifices

et une urne cinéraire trouvée à Marcoing

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Inscription en plomb trouvé dans le champ de la Palle

et vases de forme étrusque trouvés dans différents puits près des Arènes

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Chapiteau d'un ordre composé appartenant aux colonnes qui formaient la galerie des thermes romains

et mosaïque en verre carré de diverses couleurs formant le pavé des Laconicium

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Vase de forme étrusque et tête de Faune trouvés dans le clos des Villattes

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Fragment de bas-relief en marbre décombré dans les fouilles des Thermes Romains

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