HISTOIRE DE NERIS LES BAINS

DONA VNDIS PVLCHERRIMA

29 juin 2009

Démission de Mr le Maire de Néris les Bains

Voici un extrait du compte rendu du conseil municipal de la ville de Néris les Bains du 1 octobre 1933 où Mr Ernest DECLOUX annonce sa démission après 26 années de mandature.

"Puisque personne ne demande plus la parole sur cette question (alimentation en eau de la ville de Néris les Bains), je vais à mon tour vous exposer ce qui s'est passé cet été, vous dire les avertissements que j'ai donnés, les mesures que j'ai prises en vue de l'alimentation en eau potable de la ville. Je vous dirais ensuite mon opinion sur ce difficile et important problème.

Mais au paravent, il n'est peut être pas inutile de rappeler qu'en 1932, depuis l'addition complémentaire d'eau de source réalisée l'année précédente, la quantité d'eau potable disponible avait été largement suffisante pour tous les besoins de la station thermale. La preuve en est qu'à aucun moment en 1932 on a diminué le débit des bornes fontaines publiques, qu'aucune autre restriction n'a été prescrite, que le lavoir couvert public a continué à être alimenté jour et nuit, que l'abattoir municipal, gros consommateur, a été approvisionné comme en hiver. Or l'abattoir et le lavoir public utilisent à eux seuls entre 50 et 60 m3 d'eau par jour. Malgré cela, le réservoir de la ville n'a commencé à diminuer qu'à la fin du mois d'août, sans que la hauteur d'eau soit jamais descendue au dessous de 1,50 m.

Cette année

En raison de la sécheresse d'hiver et de printemps et aussi de la possibilité de sa continuation durant l'été, j'avais donné l'ordre de surveiller très près le réservoir d'eau de la ville.

Dés le mois de juin, on me signalait en effet que le débit des sources paraissait diminuer.

A plusieurs reprises je fis procéder à l'inspection des conduites d'amenée sur toute leur longueur, et je priais l'ingénieur , auteur des projets, de bien vouloir se rendre compte par lui-même sur les lieux. Son rapport concluait au parfait état des conduites mais accusait une diminution sensible du débit des sources captées de fait de la sécheresse persistante.

Afin de surveiller les fuites, je fis en même temps visiter toutes les canalisations de distributions de la ville, les robinets de vidanges, les bouches d'incendie, etc... Rien ne fut signalé d'anormal.

En plus, informé qu'il existait un appareil à déceler les fuites sur les conduites et que la ville de Montluçon en possédait un, je priais mon collègue de bien vouloir autoriser des ouvriers expérimentés à se rendre à Néris et fis l'achat d'un hydrophone pour la ville.

Renouvelée à plusieurs reprises, ses expériences ne donnèrent aucun résultat. Pas plus d'ailleurs que l'inspection des égouts traversés par les canalisations d'eau.

Certain, autant qu'on pouvait l'être qu'il n'existait aucune fuite importante sur les canalisation de distribution, je fis prévenir au début de juillet les principaux consommateurs de la diminution du débit des sources et par conséquent de la nécessité de surveiller leur consommation pour ne pas être exposé à des restrictions obligatoires et dont ils seraient les premiers à souffrir.

Certains usagers ainsi prévenus se contentèrent de répondre "qu'ils s'en moquaient et feraient comme les autres lorsqu'on fermerait l'eau".

Un tel état d'esprit n'est pas pour surprendre à une époque où l'égoïsme triomphe. Aussi, après l'avertissement officieux si mal accueilli, le 22 juillet, je pris un arrêté interdisant l'usage de l'eau potable pour les bains, les lavoirs, l'arrosage des cours et des jardins.

Je fis ensuite vérifier la plupart des compteurs afin de me rendre compte une fois de plus d'abords de l'importance de la consommation générale ensuite de la consommation approximative de chaque usager.

J'eus alors la preuve 1°) que certains abonnés gaspillaient l'eau ; 2°) que la plus grande partie de l'arrivée quotidienne passait bien par les compteurs, la différence avec l'arrivée pouvant représenter la consommation aux bornes fontaines publiques et celle des compteurs qui n'avaient pas été relevés.

Les prescriptions de l'arrêté municipal ne tardèrent pas à se montrer inefficaces. On continuait à prendre des bains, à arroser les jardins, à utiliser les lavoirs privés, à laisser couler l'eau inutilement, à s'en servir pour les constructions...

Il fallut donc en arriver le 10 août à la fermeture de la distribution d'eau de 20 h 30 à 7 h 30.

Les jours qui suivirent, la consommation parut se stabiliser et le niveau du réservoir demeurer sensiblement stationnaire. Nous étions alors au milieu du mois d'août, en pleine saison et l'on pouvait espérer qu'avec un peu de surveillance et de bonne volonté on attendrait facilement des jours meilleurs.

Par mesure de sécurité toutefois, je fis plomber tous les robinets des sales de bains et autres visés dans l'arrêté précédent. L'opération se fit en 3 jours sans trop de difficultés. Seul un médecin jugea opportun de protester en écrivant de sa main "comme j'ignore tout de cet arrêté et qu'enfin je suis un citoyen libre dans une France libre je ne signe rien et je proteste parce que moi et mes clients aussi avons besoin de nous laver".

Triste état d'esprit assurément et qui confine à l'inconscience mais qui est de nature, peut être, à expliquer ce qui se passe dans la suite.

En effet, est-ce protestation ? Est-ce malveillance ? Le lendemain du jour où les robinets furent plombés, malgré une pluie suffisante tombée la nuit, la consommation d'eau journalière fut plus que doublée et en 3 jours le réservoir à peu près à sec.

Dés lors, nous n'avions plus d'eau potable en réserve pour une journée entière et le service d'incendie, cependant si indispensable à une époque où il y eut tant de sinistres, ne pouvait plus être assuré.

Le 16 août, malgré que nous suivions encore à cette date, journellement une quantité d'eau suffisante pour l'alimentation normale de 3500 personnes à raison de 100 litres par personne, je dus ordonner d'urgence la fermeture générale de 14 h à 8 h. Le niveau d'eau remonta alors à peu près régulièrement de quelques centimètres par jour.

Dés que la hauteur d'eau parut suffisante pour parer à toutes les éventualités, le 5 septembre, la mesure restrictive fut rapportée. On pouvait espérer en effet, malgré la diminution progressive de l'arrivée quotidienne, que le débit des sources diminué d'un tiers environ, serait encore suffisant puisqu'une consommation quotidienne de 120 litres par habitant pouvait être assurée à ce moment.

Les deux premiers jours, la consommation fut normale mais à partir du 3ème elle devint telle subitement qu'il fut impossible de récupérer durant la nuit une partie de la consommation de la journée et qu'il fallut à nouveau le 10 septembre revenir à la fermeture de 19 h à 7 h qui dut être maintenu jusqu'au 21 septembre.

Voilà les faits dans leur brutalité !

Quelles conclusions en tirer ?

Elles pourraient être nombreuses. Contentons nous des suivantes :

1°) La sécheresse exceptionnelle de cet été a inévitablement modifié le régime des eaux et diminué le débit des sources, obligeant la plupart des villes à des restrictions sévères d'eau potable.

2°) A Néris, malgré cette sécheresse, le débit quotidien des sources est demeuré suffisant pour satisfaire aux besoins journaliers et normaux d'une population de 3500 à 4000 habitants.

3°) Malgrés les avis donnés et les mesures prises, la consommation d'eau potable a été telle qu'elle a nécessité des restrictions supplémentaires.

4°) La consommation a été d'autant plus grande que les mesures prises pour éviter le gaspillage paraissaient devoir être plus efficaces.

5°) Proportionnellement, la consommation par tête a été d'autant plus grande que le nombre d'habitants diminuait en même temps que la chaleur et la sécheresse."

Le maire ajoute alors qu'il lui serait facile d'illustrer ses conclusions de nombreux exemples. Il veut se contenter d'en citer quelques uns. Il a fait dresser une liste de la consommation des différents compteurs pendant une semaine et indique quelques résultats :

Une villa occupée par 5 personnes a consommée 16 m3, une autre 24 m3... Les chiffres comparatifs de la consommation de différents hôtels sont également éloquents : 2 hôtels d'importance à peu près égale ont consommé durant la même période l'un 160 m3, l'autre 91 m3... Deux autres d'importance comparable l'un 48 m3, l'autre 150 m3. Il termine par un exemple plus typique encore : un abonné célibataire, vivant seul, et même sans femme de ménage, a consommé du 2 août au 18 septembre à lui seul 35 m3, ce qui représente une moyenne d'environ 775 litres par jour pendant 45 jours consécutifs. Or si cet abonné veut bien consentir à ce que les autres soient traités dans les mêmes conditions, c'est pour 3500 habitants une consommation journalière d'environ 2700 m3 qui eut été nécessaire pendant 45 jours consécutifs.

Reprenant alors son exposé, Mr le maire continue :

"Comment remédier à semblable état de choses ?

De deux façons : avoir une plus grande quantité d'eau disponible, règlementer plus sévèrement son usage.

Si dans les conditions actuelles l'alimentation en eau potable est suffisante même en temps de sécheresse exceptionnelle, j'estime qu'il est néanmoins nécessaire de l'augmenter quand ce ne serait qu'en prévision du développement de la ville. C'est dans ce but que le conseil municipal avait résolu d'acquérir la source de la Caque et fait dresser le projet de captage de cette source en même temps que les deux sources de Fontbouillant amenées il y a 2 ans.

Malheureusement les protestations des habitants des hameaux de la Grange et de Peuplat ainsi que celles du conseil municipal de Saint Genest qui eurent lieu à l'enquête s'opposèrent à la réalisation immédiate de ce projet.

Il y a quelques semaines, des pourparlers ont été engagés avec le maire de Saint Genest auquel j'ai proposé conformément à une délibération antérieure de conduire directement, aux frais de la ville de Néris, une certaine quantité d'eau aux hameaux protestataires.

Je viens de recevoir la délibération du conseil municipal de cette commune qui "s'oppose formellement au captage et à la dérivation de l'eau de cette source". Néanmoins, je pense qu'il ne faut pas abandonner ce projet et que sa réalisation doit être poursuivie en accomplissant toutes les formalités nécessaires, car il me parait difficile pour ne pas dire impossible de trouver de nouvelles sources dans cette région, dans des conditions aussi favorables.

Voilà pour ce qui est de l'eau potable, de l'eau d'alimentation à laquelle est tenue la ville. Pour ce qui est de l'eau que j'appellerais industrielle parce que nécessaire seulement à ceux qui ne sauraient se contenter de la ration normale, la question me semble différente.

Quant elle le pourra, la ville devra faire le nécessaire pour la leur fournir, mais en aucun cas, la dépense nécessaire à cet approvisionnement  supplémentaire ne me paraît devoir incomber à la collectivité dont les 3/4 au moins, n'est pas appeler à en bénéficier.

Pour l'instant, la solution me semble devoir être recherchée dans chaque cas particulier, par les usagers eux mêmes qui ne peuvent se contenter de la quantité normale. Elle pourrait être trouvée dans la construction par ces usagers (ils sont d'ailleurs très peu nombreux) de citernes ou de réservoirs suffisants, réservés à des usages spéciaux, calculés selon leurs besoins supplémentaires. Ces réservoirs pourraient être remplis avant la saison thermale, par l'eau de la ville donnée à très bas prix. C'est la solution qui avait été adoptée, en principe, précédemment, par le conseil municipal car il me paraît ni équitable, ni réalisable financièrement de faire supporter par l'ensemble des citoyens (qu'ils soient habitants de la commune ou assujettis à la taxe de séjour) une dépense qui n'intéresse qu'une très petite minorité et qui d'ailleurs ne saurait avoir d'autre loi que le bon plaisir ou la fantaisie dans la consommation.

C'est là, je crois, la meilleure et même l'unique solution en attendant que la ville puisse disposer, si elle le peut jamais, des quantités nécessaires à tous les besoins.

Est-ce à dire que d'autres solutions n'ont pas été envisagées ?

Je me borne à en signaler brièvement quelques unes.

La construction d'un réservoir est demandée par certains, sans faire de leur part l'objet de la moindre précision. Dans sa séance du 29 septembre 1929, le conseil municipal a rejeté cette solution après l'étude comparative présentée par Mr COSTE, ingénieur des Ponts et Chaussées, le prix du m3 d'eau ainsi approvisionnée devait ressortir à 83 francs. J'ajoute qu'elle ne pourrait être envisagée utilement qu'après avoir réalisé l'augmentation de l'arrivée quotidienne par le captage d'une autre source puisqu'il faudrait d'autant plus de temps pour remplir ce réservoir que celui-ci serait plus grand et que l'arrivée quotidienne serait moindre. D'autre part, sans parler d'autres inconvénients qui sont loin cependant d'être négligeable au point de vue hygiène, l'expérience de cette année a démontré qu'un réservoir de 3000m3 comme celui que nous avons peut être vidé en 6 ou 10 jours. C'est donc une solution qui se saurait être envisagée que comme un pis aller  et à la dernière extrémité.

On a parlé du captage de nouvelles sources. Malheureusement on ne les indique pas et les recherches auxquelles j'ai fait procéder il y a bien longtemps déjà sont demeurées infructueuses. Je crains que l'avenir ne soit beaucoup plus favorable car j'ai été frappé en captant et canalisant les sources de l'aqueduc romain des Combes, de constater que les Romains avaient dû se contenter de drainer les moindres suintements dans cette région, n'ayant sans doute pas trouvé de sources suffisantes. D'où, pour eux, la nécessité où ils s'étaient trouvés de construire l'aqueduc des Viviers beaucoup plus important et relié à Néris par un trajet de 30 kilomètres.

Enfin, les sourciers sont à la mode et l'on a signalé, dans des articles assez tendancieux du reste, que leur baguette ou leur pendule avait découvert de l'eau en grande quantité à Néris même. Outre qu'il faille se défier sinon de la radiosthésie, science encore bien embryonnaire, au mois des interprétations de ceux qui en font profession, il ne faut pas oublier l'insuccès de certains essais et le danger de se livrer à des expériences de ce genre à proximité des eaux thermales ou dans le périmètre de protection de ces sources, d'autant qu'il est impossible à l'avance d'être fixé sur la qualité de l'eau que l'on pourrait trouver.

On a même proposer encore et très sérieusement du reste, d'injecter de l'eau thermale dans les canalisations de la ville. Il m'a été facile de démontrer tout ce que cette proposition contenait d'impossibilités et d'inconvénients.

Dés lors, aucune de ces solutions ne paraissant réalisable dés maintenant ou dans un avenir très prochain, force est donc d'en arriver à une réglementations plus sévère de l'utilisation de l'eau potable disponible.

Les expériences de cet été ont démontré que cette réglementation n'était pas facile et que les mesures employées avaient été inefficaces.*

Je crois donc que cette réglementation de l'eau potable ne peut se faire que de deux façons :

1°) Augmentation du prix de l'eau selon un tarif bien étudié et progressif frappant surtout naturellement les gros consommateurs, c'est à dire ceux à qui elle profite le plus. De toute façon, une augmentation est nécessaire car elle doit équitablement gager l'annuité de l'emprunt indispensable au captage d'une autre source s'il devient possible.

2°) En cas de nécessité, limitation de la consommation à l'aide de robinets de jauge ne laissant passer en 24 heures que la quantité d'eau nécessaire aux besoins normaux.

Ces deux solutions se complètent et je crois qu'il serait indispensable de les appliquer simultanément, l'expérience récente, si on ne veut pas la renouveler en ayant démontré la nécessité par grande sécheresse ou en cas de malveillance.

Voilà succinctement exposés les données essentielles d'un problème complexe  dont vous me permettez de ne pas envisager immédiatement la solution.

Les restrictions imposées par le gaspillage déclenchèrent naturellement des protestations qui prirent bientôt l'allure d'une véritable campagne de malveillance et de mensonges. Campagne d'une rare intensité, menée dans un but politique ainsi que j'en ai reçu l'affirmation écrite. Campagne d'autant plus odieuse qu'elle paraît avoir été tolérée par la complaisance bienveillante de ceux qui savaient la vérité ou devaient la savoir. Elle devait se poursuivre jusqu'à la réunion du syndicat d'initiative le 17 septembre pour y recevoir son dénouement naturel.

C'est sur cette question que je dois vous entretenir maintenant car elle nous conduira naturellement à la fin de notre ordre du jour.

J'assistais donc à l'assemblé Générale du S.I. où ma présence me paraissait d'autant plus indispensable que j'avais été prévenu de la violence de l'attaque que l'on comptait diriger contre moi et que je n'ai pas l'habitude au surplus de fuir mes responsabilités.

La séance fut aussi confuse qu'orageuse.

Il est des noms qui méritent de passer à la postérité et j'ai le devoir de citer ici ceux de Mrs BONY, Hôtel de la Promenade, Président du syndicat des hôteliers ; Jean DESRIOT, fils de notre collègue adjoint au maire, Hôtel Dumoulin ; CHESNEAU qui ne fait même pas partie du syndicat mais prend part néanmoins aux discussions et aux votes tenant sans doute à continuer les traditions de l'Hôtel de la Source en qualité de Directeur, son beau père se réservant maintenant des fonctions plus importantes, BOUDET ancien Préfet.

Tous, avec des variations dans la forme sinon dans le ton, exigent que l'on amène à Néris une quantité d'eau considérable pour que, même par la plus grande sécheresse on puisse les uns arroser copieusement leur jardin, les autres laver les égouts (où circule cependant déjà près de 2000 m3 d'eau thermale) arroser les rues et les parcs publics, la mettre sans réserve à la disposition de leur clientèle qui aura le droit de la gaspiller. Ils ne savent pas où la prendre ni par quel moyen l'amener, ils ignorent même si elle existe ; mais ils mettent la municipalité en demeure de se la procurer. Ils avaient leur ignorance complète de la question, ils n'ont pas la moindre idée du taux de la ration normale par tête d'habitant. Ce qui a pu se passer ne les intéresse pas, ils ne veulent pas d'explications ni de raisonnements, ils repoussent la discussion, préférant le bruit aux arguments. Ils leur faut de l'eau ! Pour eux, poser le problème, c'est le résoudre à la condition expresse bien entendue que ceux qui le posent ne soient pas ceux qui aient l'obligation de le solutionner.

Ils vont même plus loin, ils veulent de l'eau sans limitation, et ils entendent bien surtout ne pas la payer cher pour pouvoir la gaspiller ou la laisser gaspiller à meilleur compte.

Je déclarais catégoriquement un tel problème insoluble pour moi et priait le Président de bien vouloir prendre actes de mes réclamations formelles  et mettre aux voix les propositions de mes contradicteurs qui équivalaient à un blâme à la municipalité puisque celle-ci reconnaissait son incapacité à satisfaire à de telles exigences. J'avais pris mes responsabilités, je désirais que chacun puisse prendre les siennes.

Mis en cause directement, ayant fait l'objet de la campagne que vous savez, j'avais l'obligation de prendre partie catégoriquement et d'obliger l'assemblée à se prononcer avec la même franchise. Je ne pouvais dés lors sortir de cette réunion sans un vote formel blâmant ou approuvant l'attitude de mes adversaires.

C'est alors que dans le but vraisemblablement de mettre fin au tumulte, deux assistants  conseillers municipaux proposèrent d'émettre un voeu invitant la municipalité à construire un autre réservoir et à amener la source de la Caque.

Je remercie mes collègues de leur intention mais ils ne parurent pas comprendre l'étrangeté de leur attitude, en opposition avec une précédente décision du conseil municipal, en opposition également avec mon opinion personnelle basée sur des raisons qu'ils devaient connaître.

Je suppliais en vain nos collègues de ne pas insister. Je me fis aussi pressant que possible. J'adjurais même le Président de renoncer à ce voeu en lui démontrant toute l'hypocrisie dans ces conditions. Peine inutile, heureux de cette dérivation on faisant maintenant chorus avec mes collègues.

Je n'avais plus qu'à me retirer et c'est ce que je fis.

Le voeu qui m'est parvenu depuis et dont je vous ai donné lecture ne reflète pas assurément le même état d'esprit mais il faut bien reconnaître qu'il n'est pas conforme à celui qui a été mis aux voix. Cela n'est pas pour surprendre du reste, toute l'assemblée s'étant tenue dans une atmosphère d'illégalité créée par les mécontents.

En ce qui me concerne, je ne saurais admettre une proposition aussi ambiguë d'un syndicat d'initiative dont j'ai à l'origine disputé l'existence contre ceux qui voulaient l'anéantir, dont je suis resté Président pendant plus de 20 ans, qui est logé gracieusement à l'Hôtel de Ville par la municipalité et subventionné par elle.

A ce voeu s'en ajoute un autre qui émane vraisemblablement des mêmes personnes, sous le couvert cette fois du syndicat des Hôteliers, ce syndicat qui ne se réunit jamais que pour protester contre le maire.

Voici ce voeu :

"Le 21 septembre 1933 à 20 h 30, le syndicat hôtelier de Néris les Bains s'est réuni sous la présidence de son Président Monsieur BONY, Secrétaire Monsieur Jean DESRIOT.

A l'ordre du jour figurait la question d'adduction d'eau potable en quantité suffisante pour les besoins légitimes de la population résidente ainsi que pour les besoins non moins légitimes de la clientèle étrangère.

Le voeux ci dessous énoncé fut pris à la majorité des membres présents avec mission au bureau du Syndicat d'en faire connaître la teneur à toutes fins utiles à la Municipalité de Néris les Bains ; à Monsieur THIVRIER, député de l'arrondissement ; à Monsieur DORMOY Conseiller Général ; à Monsieur le Préfet de l'Allier.

"Considérant que l'eau potable est indispensable à la vie de la station, le syndicat hôtelier émet le voeu qu'aucune dépense prise sur le produit de la taxe de séjour ne soit engagée avant que l'eau ne soit assurée en quantité suffisante aux baigneurs et à la population.

Au moment où la lutte pour la vie se fait de plus en plus dure, il est inadmissible que des malades quittent Néris pour aller chercher dans les stations voisines plus d'hygiène. D'autre part, considérant que le moyen proposé par le maire au Syndicat d'Initiative en la séance du 17 septembre dernier d'augmenter le prix du mètre cube tout en diminuant la quantité par tête d'habitant est d'une lamentable insuffisance, le Syndicat Hôtelier émet le voeu que la capacité des réservoirs soit doublée ou triplée et qu'autant que possible une autre source vienne les alimenter. Qu'en un mot le nécessaire soit fait d'urgence afin que les graves inconvénients de l'été 1933, en partie seulement dûs à la sécheresse, mais que le développement de Néris rendrait inévitable à l'avenir, soit évités.

En outre, le Syndicat des Hôteliers proteste contre la publicité à rebours faite par la presse locale qui a fait connaître à tous ses lecteurs que l'eau manquait à Néris de 2 heures de l'après midi à 8 heures du matin.

pour le Syndicat, le Président : signé BONY".

Je n'ai pas d'explications complémentaires à ajouter à celles que j'ai précédemment données ; mais puisqu'on parle de la presse, je désire seulement rétablir la vérité en ce qui concerne les entre faits que vous avez pu lire ces jours derniers dans les journaux locaux où l'on relatait précisement cette réunion des hôteliers de Néris les Bains en disant qu'une motion avait été votée "demandant quelles décisions la municipalité avait prises pour parer aux difficultés résultant de la rareté de l'eau et quelles  étaient ses intentions pour l'avenir".

Je déclare que jamais le Syndicat des Hôteliers ne m'a fait l'honneur de me convoquer à ses réunions ni de me demander des explications ni même de mettre à l'étude la moindre question.

La vérité importe peu sans doute à ses membres qui par ailleurs redoutent peut être de se fatiguer à étudier des questions importantes et primordiales pour leur industrie. Ils préfèrent parler sans savoir ce qui est assurément plus commode... pour faire du bruit. Avec une logique implacable et certainement un très vif désir d'obtenir satisfaction,  ils ont pris l'habitude d'ignorer la municipalité et de continuer à s'adresser à leur Député, à leur Conseiller Général, à Mr le Préfet pour les questions municipales. Tant qu'à faire, ils auraient mieux fait cette année de s'adresser au ciel ou aux mages !

Ils protestent contre l'augmentation du pris du m3 d'eau mais ils réclament de nouveaux réservoirs de capacité double ou triple sans doute parce qu'ils ont déjà calculé le prix de revient dérisoire du m3 d'eau ainsi emmagasiné !

Ils ne veulent pas davantage de la limitation en ce qui les concerne probablement car ils acceptent volontiers naturellement la fermeture du lavoir public, des lavoirs privés quand ils ne les intéresent pas et surtout du débit des bornes fontaines publiques. L'un deux ne demandait-il pas leur fermeture complète ?

Ils ne comprendront jamais, ils ne veulent pas comprendre tant ils ont d'autres préoccupations que les limitations et les restrictions imposées, le tout d'abord dans leur intérêt pour leur réserver à eux qui en ont si grand besoin, la plus grande quantité d'eau disponible en en privant d'abord les autres qui auraient peut être après tout autant de droits qu'eux à en disposer. On a tort décidement de vouloir essayer de faire le bonheur des autres malgrés eux !

Mes chers collègues, ces voeux sont l'aboutissement de la campagne dont je vous ai parlé précédemment. tant que j'ai été en lutte à la malveillance et aux tracasseries de quelques égoïstes dont les attaques dissimulaient mal d'ailleurs l'intérêt personnel, j'ai fait front aux adversaires avec sérénité. Maintenant qu'ils sont "brûlés" ils préfèrent pour atteindre leur but les attaques sournoises, les insinuations malveillantes, les basses machinations ou les petits complots qui réussissent toujours à surprendre la bonne foi de quelques ignorants ou irréfléchis.

A chacun ses armes et ses méthodes.

Ce ne sont pas les miennes ! On ne lutte pas avec ceux qui ne cherchent qu'à vous tuer dan le dos.

Je veux bien croire en effet que certains Nérisiens n'ont pas le Maire qu'ils méritent mais moi j'ai conscience aussi de n'avoir pas mérité de tels administrés !

En conséquence, j'ai décidé de donner ma démission de Maire de Néris les Bains.

Avant de vous donner lecture de la lettre que j'adresse à Mr le Sous Préfet de Montluçon, je vous demande la permission d'ajouter quelques mots :

Je tiens à remercier d'abord tous mes collègues municipaux de la longue collaboration qu'ils m'ont accordée pendant les 26 années durant lesquelles ils m'ont confié la présidence de leur assemblée. Je remercie plus particulièrement et de tout mon coeur ceux qui ont toujours su placer l'intérêt général de dessus de leurs intérêts particuliers, ou professionnels ou corporatifs pour si respectables qu'ils soient.

Mes collègues de la campagne n'ont jamais refusé les crédits indispensables au développement de la cité thermale. Avec courage et abnégations parfois, ils ont consenti tous les sacrifices nécessaires. Sans récriminations ils ont attendu avec une patience persévérante le moment où l'on pouvait enfin donner satisfaction à leurs trop légitimes revendications. Qu'ils soient remerciés tout spécialement. Ils ont donné la un singulier exemple de solidarité sociale.

Je remercie tous mes collègues des commissions administratives de l'hôpital et du bureau de bienfaisance. J'ai toujours trouvé auprès d'eux le dévouement le plus complet, les plus profonds sentiments d'humanité et de scrupuleuse impartialité.

Je remercie aussi les employés de la mairie pour le concours si dévoué qu'ils n'ont cessé de me donner. Mr FAYOL qui va prendre bientôt une retraite bien gagnée, a été pour moi un collaborateur de tous les instants. Son dévouement et son désintéressement m'ont profondément touché, je ne puis lui adresser de plus juste hommage qu'en disant qu'il a bien mérité de la municipalité et de la ville de Néris. Mr DELANNE qui va lui succéder n'a pas hésité à s'engager sur les traces de son prédécesseur, il est plein de bonne volonté et nous a déjà rendu des services appréciables.

Je ne voudrais pas oublier le Directeur Econome de l'hôpital thermal dont j'ai pu apprécier depuis longtemps les qualités d'ordre et d'économie, de probité et de loyauté. Grâce à lui, l'établissement qu'il dirige peut, à bon droit, figurer aux premier rangs. La sollicitude pour les malades, son soucis des intérêts de l'hôpital lui ont toujours valu du reste, les compliments de la commission administrative.

Je remercie enfin et tout spécialement Mr MERCIER, ingénieur des ponts et chaussées, agent voyer communal. Sa probité, sa compétence, son désintéressement et sa puissance de travail nous en ont fait un collaborateur des plus précieux. Nous lui devons le plan d'embellissement de la ville de Néris qui non seulement a recueilli les félicitations unanimes mais a encore été maintes fois cités en exemple.

Je remercie les habitants de la campagne dont le rude bon sens malgrés qu'ils soient le nombre a su résister à des sollicitations intéressées qui tentaient de les dresser contre la station thermale. Ils ont souvent, sur d'autres, la supériorité que leur donne l'habitude de ne compter que sur eux et sur leur travail et avec les intempéries contre lesquelles les récriminations sont vaines.

Aussi suis je particulièrement heureux d'avoir pu tenir les promesses que je leur avais faites cet hiver. Leurs chemins vont être enfin améliorés, celui qui dessert Pérassier, BourdessouleBourdessoule, les Boulades, les Rochats jusqu'au Tilleul est déjà avancé, son achèvement définitif est très prochain. Le chemin de Marignon aux Ferrières, après avoir subi un très long retard malheureusement mais qui ne nous est pas imputable, va incessamment pouvoir être repris et terminé. Le pont de Sainte Agathe et le chemin des Mazières seront mis en adjudication sous peu. La réfection de deux chemins à Nerdre, la construction d'un pont neuf et l'agrandissement d'un autre sont choses faites ou à peu près. Le chemin des Triers à Montigny dont le projet vient d'être soumis à l'enquête va pouvoir être entrepris incessamment.

Non seulement tous les emprunts nécessaires à tous ces travaux ont été votés et réalisés, mais depuis longtemps déjà les fonds sont dans la caisse municipale où ils n'attendaient que l'accomplissement des formalités indispensables.

Enfin, les engagements récents pris par le Conseil Municipal leur donnent l'assurance d'avoir à bref délai l'électricité dans toutes les maisons et les fermes du territoire communal ; solution qui avait du être retardée jusque là bien que le projet ait été accepté depuis longtemps, faute de la subvention de l'état qui vient seulement de nous être accordée.

Je remercie enfin les habitants qui m'ont toujours donné leur confiance et me l'ont si longtemps renouvelée en conservée. Sans qu'ils le sachent ou même sans qu'ils s'en doutent, leur sympathie m'a été d'un précieux réconfort moral dans les moments difficiles. C'est pour eux, c'est pour leur prouver ma reconnaissance que j'ai sans cesse lutté pour le plus beau et le plus grand Néris.

Maintenant à chacun de faire son examen de conscience. On a semé le vent, on pourrait bien récolter la tempête.

Je ne récrimine pas contre nos adversaires, ils ont joué leur jeu. Je leur demande seulement, pour Néris, de justifier maintenant leur attitude.

Quant à moi, j'ai accompli de mon mieux mon devoir social. Je ne regrette rien de mon passé. J'envisage l'avenir avec confiance.

Je souhaite à mon successeur de défendre les intérêts de Néris avec plus d'autorité et de clairvoyance que j'ai pu le faire. Je ne crois pas qu'il puisse apporter à l'accomplissement de sa fonction plus de dévouement , de désintéressement et d'impartialité que j'y ai mis.

Dans tous les cas, instruit par une expérience déjà longue, je lui donne d'avance l'assurance que je ne ferais rien pour décourager sa bonne volonté où lui susciter inutilement des difficultés dans l'accomplissement d'une tâche parfois délicate, souvent difficile, toujours ingrate.

Voici donc maintenant la lettre que j'adresse à Mr le Sous Préfet de Montluçon :

"Néris les Bains, le 1er octobre 1933

Monsieur le Sous Préfet

J'ai l'honneur de vous adresser ma démission de Maire de Néris les Bains et de vous informer que ma décision est absolument irrévocable.

Je conserve cependant mon mandat de conseiller municipal car j'estime qu'il est de mon devoir, malgré mon vif et bien légitime désir de retrouver enfin ma liberté complète, de ne pas abandonner immédiatement et de mon propre gré un poste qui m'a été confié par la majorité de mes concitoyens et qui comporte la connaissance de certaines questions que je suis à peu près seul, malheureusement, a avoir étudiées.

Veuillez agréer, je vous prie, Monsieur le Sous Préfet, l'assurance de ma haute considération.

Le Maire, signé Docteur DESCLOUX."

Les 12 et 19 novembres, de nouvelles élections ont lieu et, le 26 novembre 1933, le nouveau conseil municipal se réunit pour élire son maire.

Conseillers en exercice : DESRIOT Antoine, NURET Jean, MIEL Jean, GAYON Jean, FAURE Pierre, MARANDET Pierre, CHAUMAT Antoine, VILLATTE Achille, LASSALAS Joseph, BOUGEROL Théodore, DAGOIS Alfred, MAGE Thomas, BEDOIN Jean.

Conseillers proclamés les 12 et 19 novembre : SOULIER Jean, VERNIER Claude, NURET Louis, CONFESSON Gilbert, LIMOGES Henri, MANSAT Louis, BOURGEON Antoine, DELIDET Jean.

Mr MAGE Thomas, le plus âgé, prend la présidence.

Nombre de bulletin dans l'urne : 21 ; Bulletins blancs : 7 ; Suffrages exprimés : 14 ; Majorité absolue : 8

Ont obtenu

Mr BEDOIN Jean : 14 voix, qui est donc proclamé maire.

1er Adjoint : DAGOIS Alfred ; 2ème adjoint : DELIDET Jean ; 3ème adjoint : LASSALAS Joseph

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20 juin 2009

L'ancienne ville de Néris

Voici l'intégralité des notes du docteur Boisrot desserviers sur l'histoire de Néris. Ce texte qui représente 81 pages de son livre sera mis à jour au fur et à mesure de mes disponibilités pour le mettre sur mon blog.

mise à jour du 1 juillet 2009

Egalement, je reproduit le texte à l'identique. ceci pour vous expliquer que quelques mots comportent des fautes d'orthographes.

RECHERCHES HISTORIQUES

SUR L'ANCIENNE VILLE DE NERIS

Par M. P. Boirot-Desseviers

Inspecteur de l'Etablissement thermal de Néris, docteur en médecine de la Faculté de Montpellier, membre-correspondant des Sociétés Médicale et de Médecine Pratique de la même ville, du Cercle Médical, de la Société Médicale d'Emulation, de la Société Royale Académique des Sciences, et de Médecine Pratique de Paris ; des Sociétés de Médecine de Lyon, Bordeaux, Toulouse, Tours, Nancy, Draguignan, Nismes, Marseille, Agen, et de plusieurs autres Sociétés de Médecine nationales et étrangères.

1822

Néris, appelé en latin Nérius, Nérisius, Nerio magum, Nera, Vicus niriensis, fut, à ce qu'il paraît, sous les Romains, une ville très importante : des voies romaines y aboutissaient de toutes parts, et allaient se réunir à une seule au village des Chorles ; elles semblaient en constituer un point central. Les colonnes milliaires de Bruères, Drevant, Argenton, Chantelle, etc., indiquaient les distances de ces diverses villes à Néris.

Des débris en tous genres, tels que des ouvrages variés de tuilerie, de briqueterie, des chapiteaux chargés de feuilles d'acanthe, ou décorés de figures d'animaux, des marbres (1) de toute espèce, transportés à grands frais de la Grèce et de l'Italie, et employés avec une immense profusion, des vases de terra campana ou étrusques, des restes d'immenses aqueducs, d'amphithéâtre, de palais, de temples, de thermes, des médailles de toutes espèces, des statues de marbre et de bronze, des amas de débris volcaniques et d'une espèce de pierre meulière fort curieuse destinée à la construction des voûtes, des pavés en mosaïque, sont des preuves irrécusables de l'existence et de la magnificence de cette cité.

Néris ne peut manquer d'avoir été un séjour d'agrément et d'utilité, tant pour les pays environnans, que pour les conquérans qui vinrent tour à tour lui imposer des lois ; mais il est bien étonnant qu'étant un des points les plus importants chez les peuples Cambiovicenses, soit à cause de l'abondance et de la nature particulière de ses eaux thermales, soit à cause de sa position géographique, il ne puisse néanmoins faire constater de son antique célébrité, des époques brillantes et curieuses de sa fondation, de ses hautes prérogatives, par aucun titre positif ; tandis qu'une foule de villes moins intéressantes et moins favorisées par la nature des lieux, retrouvent dans les annales du temps, des témoignages précieux de leur première création, de leur ancienne opulence, des subversions successives qu'elles ont éprouvées et des lois qui les ont régies. Cependant, le silence des historiens les plus accrédités ne saurait porter atteinte à l'existence et au luxe de ses anciens monumens. Il est bien difficile, en effet, de ne pas voir sortir de ces vastes monceaux de décombres mutilés, dont est formé tout le sol habité et non habité de Néris, une preuve d'ancienne magnificence ; et ses eaux bienfaisantes n'ont-elles pas le droit de compter avec le souvenir et la reconnaissance des peuples, dont elles ont soulagé la misère, vu changer les destinées, les cultes et les moeurs ?

Jusque là on serait tenté de dire, qu'il était réservé à cet intéressant pays de nous retracer, sur ses tas imposans de débris amoncelés, les fastes, les formes et l'immense variété du goût des siècles qui devancèrent le nôtre. Interrogeons donc au milieu du silence de tant de générations, dont il n'y a plus au seul interprète sur la terre, ces témoins muets ; ils sont encore debout, et valent bien les témoignages et les détails plus ou moins obscurs, fournis souvent sur des traditions mensongères et supersticieuses, ou par des écrivains éloignés, et même par des contemporains exagérés et peu instruits.

Néris partage donc ce degré de gloire avec le plus fameuses villes du monde, dont on ne retrouve l'histoire que dans leurs propres ruines. Athènes, Jérusalem, Aléxandrie et autres, ne manifestent avec éclat leur première puissance et leur étendue que dans les merveilles et les monumens ensevelis sous leurs décombres, ou lorsque des découvertes dues au hasard, ou des fouilles commandées par des circonstances locales les tirent de l'oubli, pour les offrir tout nouvellement aux yeux des hommes étonnés, et pour leur apprendre leur histoire véritable, touchant la puissance merveilleuse de ce point célèbre des empires détruits.

Il serait curieux de savoir si Néris fut une bourgade ou une ville avant l'apparition des Romains dans les Gaules : Piganiol de la Force dit, en parlant de Néris : "Ville d'une ancienneté gauloise, que quelques-uns regardent comme le Gergovia-Boiorum".

Le vicani Nerio magienses de l'inscription que nous citerons plus bas, n'établit pas que ce fut un village, comme paraît le croire M. de Caylus ; mais bien que Néris était un des chefs-lieux d'arrondissement, que les Romains désignent par le mot vicus, quand ils parlent du territoire des peuples de la Gaule et de la Germanie.

On est fondé à croire que Néron se plut à lui donner son nom : ce tyran farouche, au rapport de Suétone, avait beaucoup de goût pour les embellissemens, et prenait plaisir à fonder des monumens chez les peuples soumis à sa puissance. S'il faut en juger d'après les restes de ceux qu'on retrouve à Néris, il n'y a pas de doute qu'il lui doit son origine. André Duchesne assure qu'il fut bâti par cet empereur ou sous son règne. En 1728, on voyait encore au centre de Néris, à la place des noyers qui sont près l'église, les débris d'une tour qui avait vingt-quatre mètres d'élévation, entourée d'un large fossé, pavée en mosaïque, portant son nom.

On a trouvé dans les temps sur une des couvertures du grand aqueduc, ne, finale d'un mot, ensuite Nerio ; ce qui a porté à croire que l'inscription était à Nérone Nerio.

Les lieux les plus recommandables de la ville de Néris étaient les arênes, les palais qui en formaient les deux ailes, celui du gouvernement qui devint ensuite celui de Pépin, les casernes ou hôpitaux, plusieurs temples, enfin les édifices qui entouraient les thermes.

Tous ces vastes monuments construits et décorés à grands frais, détruits par la hache et le feu des Barbares, ne sont plus en grande partie, aujourd'hui, que des squelettes méconnaissables par la dispersion de leurs débris. Pour en retrouver les fondemens et les divers objets qui ont échappé à la fureur des Vandales, il faudrait faire des fouilles très profondes, car l'ancien sol de Néris est à trois et quelques fois cinq mètres au dessous de celui d'aujourd'hui.

Les arênes, l'amphithéâtre, ou vulgairement parlant, le champ des os (2) avait la forme d'un arc, dont la circonférence était de cent soixante huit mètres en dehors. Le devant représentait la corde de l'arc, et avait soixante huit mètres de longueur. Au milieu était une porte, le demi-cercle en offrait quatre autres ; au sud, au sud-est, au nord, au nord-est : c'étaient les vomitoria. les portes correspondantes avaient la même largeur.

L'épaisseur de l'amphithéâtre y compris les gradins, scallaria, était de quatorze mètres. L'arêne présentait un espace vide de cinquante-quatre mètres dans sa plus grande largeur, et un de soixante-huit dans sa plus grande longueur. Dans le demi-cercle il y avait dix tours carrées à égales distances les unes des autres ; chacune d'elles avait un mètre soixante-huit centimètres en oeuvre sur deux faces, et un mètre vingt-deux centimètres sur les deux autres. Elles paraissaient communiquer avec l'arêne. On croit qu'elles servaient à contenir le sable dont on couvrait le lieu du combat ; j'en ai fait fouiller plusieurs qui en étaient remplies. Leur élévation devait offrir une grande difficulté, si toutefois elles étaient destinées à cet usage. Peut-être aussi servaient-elles à contenir les personnes qu'on livraient aux bêtes. Quant à celles-ci elles avaient des loges particulières dans la double enceinte, c'est à dire, entre le mur de l'amphithéâtre où étaient les tours, et celui de la circonférence. Le premier avait des jambes de force à environ deux mètres l'un de l'autre.

Les murs de ces toursétaient construits en moëllons piqués et carrés, d'environ seize centimètres sur chaque face, partie en une espèce de brique oude carreau, le tout par assises, et à distance d'environ soixante-cinq centimètres.

Le père Paollo, dans sa Lettre sur l'architecture des anciens, imprimée à la suite de l'histoire de l'art de Winkelman, fait mention de briques de même nature, dont les Romains se servaient comme de liaison de distance en distance, et qui faisaient un très bel effet.

On a trouvé dans les fouilles que la cupidité ou des circonstances locales ont dirigées dans l'amphithéâtre, entr'autres choses, un grand nombre de morceaux de colonnes unies, des bases et des chapitaux ; ce qui suppose une galerie ; une grande quantité de morceaux de marbre. J'ai rencontré dans celles que j'ai faites dans l'arêne, à seize pieds du sol d'aujourd'hui, de grands escaliers circulaires, et sur un sable noir très fin, des ossements humains et de divers animaux carnivores, des débris de verrerie et de poterie, des agraffes et des épingles à cheveux. Malheureusement la mauvaise saison, le défaut de fonds, et le besoin de former de suite une promenade m'empêchèrent de pousser plus loin des recherches qui auraient été fort intéressantes.

De chaque partie latérale de l'amphithéâtre partait une forte muraille, épaisse d'environ deux mètres, dont on voit encore quelques fondemens, mais dont on ne connaît pas le terme, quoiqu'on l'ait suivie à plus de deux cents mètres. On a cru que c'était le rempart. on trouva tout près dans les temps une épée dont la lame à deux tranchants avait deux décimètres de longueur. Sa poignée était à la romaine. On y rencontra aussi une masse de plomb de quatre-vingt trois kilogrammes, et une lampe à trois pieds, en fer battu.

Il existait à gauche, à deux cent mètres environ de l'amphithéâtre, un édifice qui mérite une attention particulière ; il était composé d'une multitude de chambres parallèles, dont les extrémités répondent au midi et au nord, séparées par une rue de quatre à cinq mètres de large. les unes ont depuis deux jusqu'à cinq mètres en oeuvre sur une face, cinq, six et sept sur autre. Les murs de refends ont soixante-dix centimètres d'épaisseur, les gros murs deux mètres. Quelques-uns de ces appartemens sont décorés de terris et de peintures à fresques : déblayés de la terre végétale qui les dérobe à la vue, ils ont encore jusqu'à trois mètres d'élévation au dessus de l'ancien sol où sont les terris. Malgré cela on ne leur a découvert aucune entrée, de telle sorte qu'un particulier qui en a pris deux pour se loger a été forcé d'ouvrir les murs pour se procurer des portes et des fenêtres. On conçoit qu'ils pouvaient être éclairés par le haut ; mais comment et par où y parvenait-on ? On les considérait comme autant de cachots, si on ne voyait dans plusieurs des embellissemens qui en dissuadent. Ils sont enfin tels, et paraissent aussi anciens que celui qui fut découvert sur le mont Aventin, qui n'avait ni portes ni fenêtres, et dans lequel on descendait par une ouverture pratiquée supérieurement, au rapport de Flaminius. On croit que ces appartemens formaient les casernes ou l'hôpital.

On dénombra tout près un four à pain ; il était comme les nôtres, rond et surmonté d'une voûte ; ainsi qu'un grand nombre de puits affectant tous la forme circulaire, et revêtus en grosses pierres. On découvrit dans un, des tuiles à rebords, des briques, des carreaux de différentes époques, des cornes de boucs et de cerfs, un patère en fer battu, les restes d'un couteau propre aux sacrifices, différens morceaux de verre, de vases de terra campana et étrusques, de gros cloux, clavi muscarii de Vitruve, des clefs antiques, des garnitures de meubles en bronze doré, des lampes domestiques et sépulchrales, des amphores immenses, et quelques pierres gravées que j'ai vues dans le cabinet du docteur Barallion.

A la droite de l'amphithéâtre, en deçà de la muraille dont on a parlé, et sur l'emplacement du palais qu'on a cru devoir y exister, on découvrit trois fours d'étuves, ou des poëles accollés les uns aux autres, construits à la manière de Vitruve : l'argile gâchée en liait les pierres de briqueterie ; il en partait des conduits en terre cuite qui portaient la chaleur dans les appartemens. L'un de ces conduits, de forme carrée, avait plus de deux mètres de longueur. Ces fours étaient encore remplis de charbons et de cendres ; le mortier avait acquis la consistance de la brique et était fort rouge. Winkellman en a vu de pareils dans la villa de Tusculum, et dans une maison de campagne à Herculanum.

Les statues de bronze et en marbre trouvées en différents lieux, les inscriptions tracées ci-dessous annoncent l'existence de plusieurs temples. La Diane en bronze, de près d'un mètre de hauteur, décombrée il y a soixante-dix ans, au centre de l'ancien Néris à travers des débris de colonnes et de tables de marbre, avait sans doute le sien. Il faut en dire autant de la Flore ou l'Abondance, pesant cent kilogrammes, trouvée dans la dépendance du palais du gouverneur par M. Lafont qui la donna au curé Renaud, lequel en fit présent à M. de Durat, (grand amateur d'antiquités de ce pays, et qui avait un beau cabinet. Depuis sa mort, on ne sait pas quel en a été l'héritier). Les petites statues de bronze dont parle M. de Caylus faisaient sans doute partie des divinités qu'on y adorait, et dont on révérait l'image.

L'un de ces temples était consacré aux chefs du gouvernement et à leurs épouses ; c'st ce que nous apprend une inscription trouvée en 1776 sur une pierre, dans l'ordre suivant :

Numinibus

Augustorum

Junonibus

Vicani

Nerio magienses

(J'ai fait placé cette pierre sur la porte de l'hôpital qui va au jardin).

La même inscription se lisait sur une autre pierre, mais en abrégé, et de la manière suivante :

Nbs. Agm. Jbs. Vni. Ngs.

Le curé Renaud assure que les restes du temple auquel elle appartenait furent découverts en 1784, en nettoyant les fossés de la grande route qui va à Montaigut ; il dit avoir vu les assises des colonnes dans le champ du Péchin, l'un des plus anciens faubourgs de Néris. Je me suis convaincu que des fouilles faites dans les divers terrains qui portent ce nom produiraient des résultats satisfaisans.

Sur les couvertures du grand aqueduc qui traverse la grande route, le Prélong, la Maison Lafont, et va se perdre au bas des thermes, se trouvaient des inscriptions étrangères à leur emploi. Les pierres sur lesquelles elles étaient gravées étaient tellement confondues, que plusieurs représentaient la fin ou le commencement d'un mot sans suite ; toutes cependant paraissaient indiquer la dédicace d'un temple, et le nom de la divinité qui y présidait. ce qui prouverait, ainsi que j'aurai occasion de l'observer plus bas, que ces monuments avaient été détruits à la première irruption des Barbares, et que l'aqueduc avait été réédifié ou restauré aux dépens de leurs débris.

Le docteur Baraillon copia sur place, dans les temps les inscriptions suivantes :

Neunerio, ou dieu tutélaire de Néris.

Ovh, Ovhanna, à la déesse Ovhanna qui était très vénérée au centre des Gaules, surtout à Evahon, Evaux, lieu de son origine, à deux myriamètres de Néris.

Visso, Vissago, ou dieu Vissagus. Ce Vissagus rappelle le dieu Wasso des auvergnats, le Borvo de Bourbon Lancy dont parlent MM. de Caylus et Danville, le Mammona ou Mona de Bourbonne-les-Bains, et de tant d'autres, que l'on peut voir dans la dissertation de l'abbé Mongault.

Pline dit à ce sujet : Augent numerum deorum auquae nominibus variis.

Tertullien, Minutius-Felix rapportent que chaque peuple avait son dieu tutélaire et son dieu municipal. Neunerius était donc probablement celui de Néris.

Au sortir de l'amphithéatre et de la ville, on descendait par une rampe dont on rencontre encore les vestiges dans le vallon, soit pour aller au palais du gouverneur, au temple de Pallas, à celui de César et au camp. ce vallon était entrecoupé d'écluses, comme on peut le vérifier. On remarquait encore en 1806 dans quelques-unes la place de la bonde que le ciment avait parfaitement conservé. Les grands aqueducs qui bordent les thermales allaient se jeter dans ces écluses qui étaient destinées, probablement, à entretenir des moulins, ou à servir de naumachies, puisqu'elles étaient fournies en partie par les thermales, et en partie par les eaux froides.

Le camp est assez bien conservé : il est au couchant de Néris, et de forme à peu-près triangulaire ; sa circonférence en dedans est de cinq cent quarante six mètres ; les parties de l'est et de l'ouest, ainsi que la totalité du nord, étaient défendues par un ravin très profond ; le surplus, d'environ deux cent cinquante mètres de long, léatait par une levée de terre palissadée et flanquée de tours. cette levée a encore en dehors, à partir du fossé, vingt-huit mètres d'élévation, et près de vingt en dedans du camp. le côté du midi a la forme demi-circulaire. On remarque sur cette partie deux éminences, à quarante-six mètres de distance, qui indiquent à notre avis le placement des tours. Entr'elles il y avait une porte bien marquée par la brèche de la levée ; elle répondait au palais du gouvernement, et portait probablement le nom de prétorienne. Une autre au levant, marquée par une ouverture de dix mètres, correspondait avec la forteresse, et regardait l'amphithéatre. Elle s'appelait la questorienne. La troisième enfin, qui était à l'ouest, portait simplement le nom de décumane.

Au rapport du curé Renaud, on a trouvé des restes de la palissade par les traces de bois pourri que l'on a suivies très profondément à partir du haut de la levée. Il assure aussi qu'on décombre sur les lieux deux grandes urnes ou amphores, différens vases entiers de terra campana ou étrusques, chargés de divinités et de figures d'animaux, un grand boucllier qui passa dans la maison de Durat, et que M. Dufour, peintre, à Moulins, a dessiné et modelé en plâtre. A soixante dix huit mètres de la porte orientale du camp subsistait une forteresse (3) qui présentait un carré de quarante quatre mètres sur deux faces opposées, et de trente six sur les deux autres. Elle était située dans le champ de la Palle, ou de Pallas. Il paraît que les lieux communs des sépultures des Romains étaient hors de la ville. On croit que le champ de Pallas était destiné à cet usage, d'après le grand nombre de tombeaux qu'on y a trouvés. Les squelettes qu'ils renfermaient étaient assez bien conservés : les uns avaient la tête au sud-ouest, les autres avaient les pieds à l'équinoxial. C'est au milieu de ces tombeaux et d'une grande quantité d'ossemens, qu'on a décombré la Flore ou l'Abondance dont nous avons parlé plus haut (4).

Le palais du gouvernement était au midi du camp, dans une terre que l'on nomme le champ des Petits Kars, sans doute par corruption de Mars, à raison d'un temple consacré probablement à ce dieu. ce palais, autrefois habité par Pépin, ainsi qu'on peut s'en convaincre dans le recueil des historiens des Gaules (Tome 6è, page 673) à l'index de geograficus, où il est dit : Nerisius, villa regia in Aquitania, se manifeste par ses ruines, ses débris de marbres, de colonnes à grandes et petites cannelures, et à cannelures moitié grandes et moitié petites, toutes de diverses grosseurs, et annonçant la beauté de l'édifice.

Pline, en parlant des eaux minérales, a dit vrai lorsqu'il assure qu'elles bâtissaient des villes : Urbes quoe condunt.

Ainsi les eaux thermales de Néris, et son point de centralisation sont-ils, à mon avis, les motifs puissans qui déterminèrent les Celtes ou les Romains à y construire une ville. La manière ingénieuse avec laquelle ils avaient mis à contribution les eaux de Villebret, Durdat, Marcoing, Ronnet, Arces prouve facilement qu'elle était très considérable. D'après les courses et observations que j'ai faites sur les lieux, je me suis convaicu que les Romains s'étaient emparé des belles eaux de la commune d'Arces, qu'ils les avaient jetées dans un aqueduc formé en bétone, qui a de capacité trois décimètres vingt trois millimètres sur deux faces, et vingt sept millimètres de plus sur les deux autres, recouvert en dalles sur les parties voisines du sol, et d'une voûte à pierres sèches dans les parties les plus profondes. Cet aqueduc allait se jeter dans la fontaine du Loup, à Ronnet. Elle jaillit dans un pré, et est reçue dans un vaste bassin construit comme les puits des eaux thermales, en entre delà dans un nouvel aqueduc construit comme le premier, longeant Durdat, Arpheuil, se dirigeant sur Marcoing, et aboutissant au clos des Villattes, ainsi qu'on pouvait facilement le juger, il y quelques années ; et se versait dans d'autres plus grands encore, qui traversaient, les uns la partie supérieure de Néris qui va à l'amphithéatre, et les autres la partie qui borde les thermales. Ces derniers aqueducs avaient en-dedans deux mètres six décimètres d'élévation, et près d'un mètre de largeur. On y trouva dans les temps des vases de terra campana, recouverts de figures d'animaux, et de Mercures avec leurs attributs. Le couvercle de l'un de ces vases portait un lion avec sa crinière hérissée.

On se saurait trop admirer l'art avec lequel l'ingénieur hydraulique a saisi le niveau dans un pays rempli de vallées et de monticules, pour diriger ces divers aqueducs, à une distance de près de quatre lieues, sur Néris. Il serait très urgent et peu dispendieux de rétablir ou de restaurer celui qui va de Marcoing à Ronnet. Il est parfaitement conservé dans la plus grande partie de sa latitude : ce serait un service bien important à rendre aux habitans de Néris, qui ne boivent en général ques des eaux de puits qui sont très lourdes et de difficile digestion.

Au milieu de ces ouvrages et de ces monumens élevés et renversés tour à tour par la main des hommes et celle de la nature, les eaux minérales de Néris n'ont point changé de place, et le temps semble les avoir respectées pour dédommager les habitans des malheurs inouis qu'éprouvèrent leurs bons aieux.

Les eaux thermales étaient situées dans l'enceinte de la ville : il serait difficile aujourd'hui de prononcer surles édifices qui les avoisinaient, et sur lesquels sont construites les auberges destinées à recevoir les étrangers.

La découverte, dans les temps, de quelques fûts de colonne, avait fait soupçonner leur mignificence : Auberry nous avait appris qu'en 1604 le bassin thermal était traversé de plusieurs murailles en pierres de taille, incrustées de marbre par dessus, et de chaque côté relevées de marches, aussi couvertes en marbre : ces murailles, à fleur de pavé, étaient ouvertes pour se communiquer les eaux chaudes ; Ferrault avait aussi rapporté, qu'en 1614, les vestiges de la grandeur de Néris paraissaient encore, par la mignificence des bassins d'eau chaude recouverts en marbre, et par de grands aqueducs à la romaine. (Au marbre près, les choses sont encore dans le même état qu'à cette époque).

Malgré l'attestation de ces divers auteurs, et les découvertes ci-dessus mentionnées, on ignorait positivement la situation des thermes ; et lorsque nous dirigeâmes notre choix sur l'emplacement, Figuière, comme étant le plus commode et le plus à la portée du service général des auberges, pour y fonder le nouvel établissement thermal, nous étions loin de présumer que nous trouverions à 5522 millimètres en dessous, les restes de celui que les Romains y avaient construits, à si grands frais, deux mille ans auparavant.

Une fouille de soixante dix mètres de long sur six de large, qui avait pour but la fondation du principal aqueduc qui doit recevoir les eaux chaudes, et les communiquer aux piscines et aux baignoires, nous dévoila au grand jour les restes immortels de la grandeur et du luxe des peuples qui en faisaient usage.

Pour s'en faire une idée précise, et afin de pouvoir, d'après les détails de leur distribution facilement reconnaissable, juger de leur emploi, il faut supposer un plateau de forme carrée, ayant au moins cent mètres de long, sur quatre-vingt et quelques de large, situé sur le roc, à 6497 millimètres au dessous du sol d'aujourd'hui, partant du bassin thermal, se dirigeant dans une vallée riante, entre deux monticules bien plantés, agréablement variés, et sur lesquels sont probablement éparses les cendres de ceux qui en furent les créateurs.

Ainsi donc, sur ce plateau sont assis, savoir : les trois bassins thermaux d'aujourd'hui, une piscine carrée ayant au moins trente mètres de long, décorée d'appartemens, de galeries latérales et transversales, de couloirs, tous pavés et revêtus en marbre, recevant, et au même niveau (5), toutes les eaux qui s'échappaient des bassins ci-dessus, pour les reverser dans une seconde piscine, de quatorze mètres de circonférence ; ainsi de suite, dans une troisième de quatre mètres carrés, une quatrième de neuf mètres de circonférence, et enfin une cinquième de quatre mètres carrés.

Toutes ces piscines, construites en blocs de pierres de taille, dont la carrière paraît avoir existé dans le bois des Forges, ornées circulairement et latéralement de scalaria ou gradins, étaient pavées en belles et fortes planches de marbre blanc, reposant sur un bétone épais de six à sept pouces, appuyé sur un mortier de même dimension, et juxtaposé au rocher : les revêtissements intérieurs étaient aussi en planches de marbre, moins épaisses, apposées sur un ciment contigu aux blocs de pierre, et tous recouverts de plusieurs couches de stuc (6) plus ou moins fortes, suivant les parties qu'elles étaient destinées à enduire : ces magnifiques bassins étaient voûtés (7), et se terminaient par un même nombre d'étuves, ou laconium, de diverses grandeurs : ainsi les nayades bienfaisantes, après avoir successivement répandu à grands flots les plaisirs et la santé sur les personnes qui fréquentaient les piscine, allaient de nouveau exhaler en vapeurs, leurs principes salutaires, sur ceux qui avaient recours aux laconium.

Posté par histoire03310 à 11:37 - HISTOIRE DE NERIS - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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